L’habitat participe du socle essentiel des droits humains. Au même titre que la Sécurité sociale organise, depuis le compromis de 1945, les conditions du droit de chacun, quel que soit son origine, ses revenus ou son état de santé, à pouvoir être soigné et être hospitalisé, il apparaît nécessaire d’instaurer progressivement les conditions pour que l’habitat devienne aussi un droit universel.
D’une certaine façon, l’habitat social, porté par le secteur du Hlm, joue comme un amortisseur social, le sixième risque (le cinquième étant celui de la question de la dépendance) pris en charge par la sécurité sociale ou plus largement le système de protection sociale. L’habitat peut largement participer d’une approche qui vise à sécuriser le parcours professionnel et de vie de chaque individu. La notion de flexicurité aide ainsi à interroger les conditions d’intervention de l’entreprise dans cette perspective. La tradition du 1% logement puise ses racines dans le patronat social du 19ème siècle.
Les entreprises ne pourront faire l’économie de l’aide à la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle. Impossible de laisser les individus seuls face à certaines difficultés d’organisation envers leurs enfants, mais aussi leurs parents ou grands-parents.
De la même façon, l’entreprise ne peut croire qu’elle n’est pas impactée par le fait que des salariés aient des difficultés à régler leurs soucis de santé, ou à trouver un logement à un prix abordable et pas trop éloigné du lieu de travail.
Serge Guérin
dimanche 14 juin 2009
L’habitat social, le 6ème risque
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dimanche, juin 14, 2009
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lundi 19 janvier 2009
De la famille et de la solidarité
L’Insee vient de publier ses dernières estimations sur le dynamisme de la démographie française. Il en ressort que le taux de fécondité des femmes en 2008 s’est situé à 2,02, le record d’Europe. Deux autres éléments retiennent l’attention : les parents sont toujours plus âgés puisque l’âge moyen des mères à la naissance est de pratiquement 30 ans ; les naissances se réalisent de plus en plus hors mariage (52%).
L’une des conséquences majeures de la prise de pouvoir de l’individu sur sa destinée et de l’évolution des normes sociales tient à la disparition d’un modèle unique de famille au profit du pluralisme familial (Sociologie de la famille, La Découverte, coll. « Repères », 2007). Aujourd’hui, les formes concernent autant des démarches institutionnelles symbolisées par l’union matrimoniale de deux personnes de sexe opposé que le PACS (pacte civil de solidarité) dont le succès va croissant. Demain, il s’agira du mariage homosexuel. La famille ne s’identifie plus seulement à une démarche civile et institutionnelle, mais revient souvent à des choix individualisés et évolutifs, largement liés à l’enfant. Les structurations informelles de la famille vont de la vie de couple traditionnelle mais non symbolisé par le mariage à des formes plus souples d’unions, voire des modes de cohabitation polymorphe et évolutive. Aujourd’hui, 40 % des enfants vivent dans des familles monoparentales ou recomposées.
Pour autant, cet « éclatement » de la forme familiale ne conduit pas à la disparition des solidarités familiales. Au contraire ! Elles sont plus choisies qu’hier… Au temps jadis, on parlait de la « fille sacrifiée » : dans chaque famille, un enfant (généralement une fille) était désigné, le plus souvent de façon non dite, pour prendre en charge dans le futur les parents, voire les beaux-parents. Aujourd’hui, les formes de l’appui des proches ont aussi évolué. On doit à Claudine Attias-Donfut de magnifiques travaux sur l’importance du soutien au sein des familles (Les solidarités entre générations : vieillesse, familles, État, Nathan, 1995). L’aide familiale apparaît d’abord comme le fait des compagnes ou des filles, reste que sous l’influence de la mutation de la famille et d’une autonomisation croissante des femmes et de leur rôle social traditionnel, les choses évoluent. Les rôles au sein de la famille sont de plus en plus polyvalents et évolutifs, y compris lorsqu’il s’agit de mobiliser les ressources de la solidarité (Petite Ségolène, Les règles de l’entraide : sociologie d’une pratique sociale, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le lien social », 2005).
Signalons d’ailleurs que les nouveaux seniors forment la première génération à devoir s’occuper de leurs parents et de leurs enfants . C’est ce que l’on peut nommer la génération pivot, la génération solidaire.
De ce point de vue, on peut suivre François de Singly lorsqu’il insiste sur la tonalité différente des relations intergénérationnelles et qu’il relève, une « centration sur les relations encore plus accentuées » (Sociologie de la famille contemporaine, Nathan, Coll. « 128-Sociologie », 1993). Il y a plus de liberté, d’autonomie, d’individualisme et pourtant les liens entre les générations sont plus forts, la proximité affective est plus grande.
On ne peut penser la société sans avoir à l’esprit ces faits. On ne peut penser la politique sociale sans avoir en tête ET ces mutations ET cette permanence de la solidarité.
Serge Guérin
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lundi, janvier 19, 2009
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lundi 10 novembre 2008
La protection sociale au temps de l’individu
Honneth a montré combien cette notion de reconnaissance était centrale dans la construction de l’identité de soi mais aussi d’un projet collectif (La société du mépris, La Découverte).
En fait individualisation rime avec besoin de reconnaissance et refus du mépris.
Dans cette optique, il est essentiel de renouveler le lien entre emploi et protection sociale. Pourquoi ne pas inventer un contrat de travail associé au salarié plutôt qu’à l’entreprise ? Il s’agirait d’assurer la permanence d’une protection sociale, de droits à se former et de revenu pour des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas nécessairement obtenir un emploi en continue. Cela concerne aussi bien les métiers artistiques que les seniors ou les nouveaux parents désireux d'organiser autrement leur temps social. Cette approche favoriserait aussi l’activité de salariés dans le monde associatif ou dans un bassin d’activité en étant employés par plusieurs petites entreprises. Ce système évitant aux employeurs comme aux salariés de multiplier les contraintes administratives et les freins liés à la méconnaissance des formes d’emploi non standardisés. A partir de la situation des intermittents du spectacle et des revendications pour conserver un système adapté à une situation singulière, les économistes Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato ont pour leur part développé, dans un ouvrage passionnant, solide et construit sur une enquête sociologique de fond, un modèle de régime d’indemnisation utilisable pour des actifs en emploi non stable (Intermittents et précaires, Amsterdam). Leur réflexion, à discuter car parfois un peu rigide, rejoint les travaux de Gorz et ouvre des pistes qui font écho à une autre approche de la société de l'individuation.
En fait, c’est la question d’un nouveau compromis social plus favorable au travail et qui prenne la mesure de la plasticité croissante des formes d’emplois et d’activité qui est posé.
Il faut inventer de nouvelles formes de salariat pour répondre aux défis de la société de l’individu. Une société qui n'est pas nécessairement seulement ouverte aux vents de l'égoïsme.
Serge Guérin
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lundi, novembre 10, 2008
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