Les mots ne sont jamais neutres. Ainsi ce la cassure actif/inactif. Ainsi on défini les femmes au foyer ou les retraités comme des inactifs. Pour les retraités, on parle des inactifs de plus de 60 ans…
Mais l’activité est-elle seulement définie par le rapport au travail, qu’il soit salarié ou non ? Chacun d’entre nous connaît des « actifs » fort peu actifs et des « inactifs » particulièrement actifs… Mieux, même, dans certains cas, certains actifs ferraient mieux d’être… plus inactifs.
Ainsi parmi les 13 millions de retraités, bon nombre d'entre eux participent de multiples façons à la vie sociale, à la bonne marche de la communauté, au développement de la Cité. Que serait d'ailleurs le monde associatif sans les millions de bénévoles actifs de plus de 60 ans, que deviendrait la vie communale sans les 30 % d’élus qui bien qu’officiellement inactifs passent la majeure partie de leur temps au service des autres ?
Et que dire des solidarités de proximité ? Combien de familles tiennent le coup grâce aux coups de mains multiples de grands-parents : garde des enfants, accueil à la maison, bricolage et aides diverses, aide monétaire, aide aux devoirs… La liste est sans fin.
De la même façon, il est impossible de faire une liste exhaustive des aides apportés par les « inactifs de plus de 60 ans » à leurs voisins ou à leurs amis dans la vie quotidienne comme dans le partage d’expérience.
Les mots ne sont jamais neutres et traduisent un jugement, des représentations d’une situation. Il serait donc temps, là aussi, de changer les images, d’aider à moderniser les regards et les références.
Il ne s’agit pas d’un sujet anecdotique. Ce qui est en jeu, c’est bien la compréhension par la sphère sociale de cette révolution liée à la rupture démographique : les formes d’activité continuent de se diversifier et la notion de retraite sera de moins en moins associé à celle de retrait de la vie économique et citoyenne.
Serge Guérin
vendredi 1 mai 2009
Repenser la notion d’activité
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vendredi, mai 01, 2009
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Libellés : lien social, société
lundi 19 janvier 2009
De la famille et de la solidarité
L’Insee vient de publier ses dernières estimations sur le dynamisme de la démographie française. Il en ressort que le taux de fécondité des femmes en 2008 s’est situé à 2,02, le record d’Europe. Deux autres éléments retiennent l’attention : les parents sont toujours plus âgés puisque l’âge moyen des mères à la naissance est de pratiquement 30 ans ; les naissances se réalisent de plus en plus hors mariage (52%).
L’une des conséquences majeures de la prise de pouvoir de l’individu sur sa destinée et de l’évolution des normes sociales tient à la disparition d’un modèle unique de famille au profit du pluralisme familial (Sociologie de la famille, La Découverte, coll. « Repères », 2007). Aujourd’hui, les formes concernent autant des démarches institutionnelles symbolisées par l’union matrimoniale de deux personnes de sexe opposé que le PACS (pacte civil de solidarité) dont le succès va croissant. Demain, il s’agira du mariage homosexuel. La famille ne s’identifie plus seulement à une démarche civile et institutionnelle, mais revient souvent à des choix individualisés et évolutifs, largement liés à l’enfant. Les structurations informelles de la famille vont de la vie de couple traditionnelle mais non symbolisé par le mariage à des formes plus souples d’unions, voire des modes de cohabitation polymorphe et évolutive. Aujourd’hui, 40 % des enfants vivent dans des familles monoparentales ou recomposées.
Pour autant, cet « éclatement » de la forme familiale ne conduit pas à la disparition des solidarités familiales. Au contraire ! Elles sont plus choisies qu’hier… Au temps jadis, on parlait de la « fille sacrifiée » : dans chaque famille, un enfant (généralement une fille) était désigné, le plus souvent de façon non dite, pour prendre en charge dans le futur les parents, voire les beaux-parents. Aujourd’hui, les formes de l’appui des proches ont aussi évolué. On doit à Claudine Attias-Donfut de magnifiques travaux sur l’importance du soutien au sein des familles (Les solidarités entre générations : vieillesse, familles, État, Nathan, 1995). L’aide familiale apparaît d’abord comme le fait des compagnes ou des filles, reste que sous l’influence de la mutation de la famille et d’une autonomisation croissante des femmes et de leur rôle social traditionnel, les choses évoluent. Les rôles au sein de la famille sont de plus en plus polyvalents et évolutifs, y compris lorsqu’il s’agit de mobiliser les ressources de la solidarité (Petite Ségolène, Les règles de l’entraide : sociologie d’une pratique sociale, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le lien social », 2005).
Signalons d’ailleurs que les nouveaux seniors forment la première génération à devoir s’occuper de leurs parents et de leurs enfants . C’est ce que l’on peut nommer la génération pivot, la génération solidaire.
De ce point de vue, on peut suivre François de Singly lorsqu’il insiste sur la tonalité différente des relations intergénérationnelles et qu’il relève, une « centration sur les relations encore plus accentuées » (Sociologie de la famille contemporaine, Nathan, Coll. « 128-Sociologie », 1993). Il y a plus de liberté, d’autonomie, d’individualisme et pourtant les liens entre les générations sont plus forts, la proximité affective est plus grande.
On ne peut penser la société sans avoir à l’esprit ces faits. On ne peut penser la politique sociale sans avoir en tête ET ces mutations ET cette permanence de la solidarité.
Serge Guérin
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lundi, janvier 19, 2009
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Libellés : famille, lien social, solidarité
vendredi 24 octobre 2008
Vers un capitalisme au féminin
Le travail des femmes fut le marqueur de la seconde moitié du XXème siècle. L’emploi féminin a transformé les usages sociaux, produisant une nouvelle répartition des temps domestiques et professionnels avec l’appel croissant à des professionnels rémunérés ou des structures de services pour la garde d’enfants ou différents travaux ménagers.
Surtout les femmes sont devenues des acteurs bien plus autonomes financièrement et culturellement pour décider de leur vie personnelle. Les études et l'activité professionnelle ont ouvert aussi un espace bien plus large de possibles, de libertés culturelles et de "choix" de partenaires potentiels. Les femmes font de plus en plus des enfants selon leur agenda propre où la problématique professionnelle entre largement en ligne de compte. Ainsi l'âge moyen du premier enfant est-il proche de 30 ans. En termes de prospective sociale, dans les années à venir, la consommation sera de plus en plus co-produite par les femmes pour elles ou pour leurs proches. Mais cette consommation ne va pas seulement concerner des biens et des services traditionnels. Elles vont orienter les formes des produits comme les façons de les vendres. Surtout la demande sociale concernera de plus en plus des produits et des services permettant le respect de l'environnement, le développement de sa propre autonomie et la prise en compte de l'autre, enfant comme parent vieillissant.
On peut prévoir que d'ici à 2025, les femmes feront des enfants de plus en plus tard ou n'hésiteront pas à adopter y compris après 40 ans, contraignant les entreprises comme l'Etat à s'adapter.
L'avenir du capitalisme devrait se conjuguer au féminin.
Serge Guérin
On peut aussi retrouver des contributions de prospective sociale sur le site France2025
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vendredi, octobre 24, 2008
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Libellés : France 2025, lien social, prospective sociale, société
mercredi 3 septembre 2008
La flexicurité, comme socle évolutif d’une société de la solidarité de proximité
Adopté en décembre 2007 par le Conseil Européen, la notion de flexicurité progresse rapidement dans le débat français. Elle est au centre de l’accord national interprofessionnel signé le 11 janvier 2008 par l’ensemble des partenaires sociaux à l’exception de la CGT.
La flexicurité repose sur quatre axes (contrat de travail, formation, politiques de l’emploi et protection sociale) destiné à favoriser l’adaptation des entreprises à un marché de plus en plus mouvant sans précariser à outrance les salariés. La flexicurité entend inventer un nouveau modèle où la souplesse croissante du contrat de travail serait contrebalancée par un engagement solide en faveur de l’accompagnement social et économique des salariés sur la durée. Cette nouvelle donne implique très clairement de changer de paradigme tant la question de la formation (fin du « totem » du diplôme et possibilité de se former en fonction de son bagage de départ et à partir d’un projet professionnel ou de vie) que sur celle de la relation à l’employeur (capitalisation des périodes et des formes d’activités qu’elles soient salariés ou non ouvrant droit à l’ensemble des prestations sociales).
Mais cette approche qui touche d’abord aux représentations du travail et de la relation hiérarchique, se développe dans une perspective de vieillissement de la population, d’allongement de l’espérance de vie des personnes atteintes de maladies chroniques et de mobilité sociale et professionnelle croissante. Aussi, l’enjeu de la flexicurité dépasse largement le cadre actuel. Elle concerne aussi bien la question du logement que celle du soutien aux aidants de proximité.
En effet l’un des éléments qui contribue à précariser l’employé tient à son accès de plus en plus difficile au logement, en termes de prix et de localisation. Par ailleurs, le différentiel de coût d’un logement participe des freins à la mobilité des salariés.
Sur un autre plan, il apparaît bien que l’entreprise et la collectivité peuvent difficilement faire comme si de nombreux salariés et autres actifs n’avaient pas de parents vieillissants à aider, d’enfants, de compagnon ou de compagne malade chronique à soutenir. Les styles de vie et les contraintes sociales de proximité jouent directement sur la disponibilité des personnes et sur leur engagement. La question de la conciliation vie privée et vie professionnelle est, et sera de plus en plus, un élément déterminant de la relation des individus à l’entreprise.
La flexicurité s’inscrit largement dans cette société de la solidarité de proximité qui devrait émerger dans les années qui viennent et qui va renouveler le contrat social initié dans les années 45.
Serge Guérin
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mercredi, septembre 03, 2008
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Libellés : Emploi des seniors, lien social, société
mardi 13 mai 2008
Déficit de confiance, déficit d’avenir
Ce qui mine le plus la France, ce n’est pas sa culture du conservatisme ni son incapacité à se réformer dans le consensus. Non l’enjeu central c’est la confiance. Confiance à la baisse pour un modèle et un mode de vie qui a pourtant fait ses preuves et assuré –quoi que l’on dise- que la majorité des français et des étrangers résidents en France puisse vivre dans de bonne condition. Confiance en berne pour un avenir qui apparaît de plus en plus perturbé. Aron nous a répété que l’histoire était tragique mais nous rêvons collectivement de nous affranchir des secousses du monde. Or, cela apparaît chaque jour un peu moins possible car la mondialisation n’est pas seulement affaire de concurrences mais aussi d’affrontements idéologiques et violents.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple et vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Serge Guérin
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mardi, mai 13, 2008
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samedi 19 avril 2008
Les boomers bohêmes
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samedi, avril 19, 2008
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Libellés : lien social, médias, société
vendredi 28 mars 2008
Retour sur la solidarité ?
Si l’égalité est un mirage, la fraternité est une morale. La réunion des deux se nomme-t-elle solidarité ? Patrick Savidan, dans Repenser l’égalité des chances (Grasset), propose une nouvelle politique de l’égalité des chances fondée sur des mesures fiscales et éducatives tout au long de la vie .
La solidarité n’est rien si elle reste une formule creuse pour fin de congrès. Elle repose sur le lien et la coopération mutuelle au bénéfice de tous. La solidarité nous renvois d’abord à la non-indifférence qui est la proximité même du prochain, dont parle Lévinas. Deux ouvrages ont récemment ré-interrogés cette notion moderne et nécessaire pour assurer le vivre ensemble dans une période de déstructuration des liens et des statuts. Marie-Claude Blais, dans La solidarité, Histoire d’une idée (Gallimard) revient sur le sens du terme Solidarité. Terme magnifique dont on oublie facilement qu’il nous impose des contreparties... La solidarité fonde la démocratie en créant des mécanismes qui viennent en soutien des plus faibles et qui assurent le vivre ensemble : retraite par répartition, sécurité sociale… Biais met en perspective avec beaucoup de clarté les enjeux de l’économie fondée sur la coopération dont Charles Gide apparaît commel’un des grands théoriciens. Le solidarisme se distingue du libéralisme en ce qu’il se refuse à confonde individualité et individualisme (p 196).
Pour comprendre les racines et les enjeux du solidarisme, l’ouvrage de Serge Audier sur Léon Bourgeois (Ed Michalon), est un passage essentiel. Audier décrypte d’une écriture allègre les combats de ce radical qui cherchait à bâtir la justice sociale sur autre chose qu’un Etat trop interventionniste. En refermant ce petit ouvrage, on se dit que Bourgeois faisait déjà pari du dialogue et de ma recherche du consensus. Une sorte de Danois qui s’ignore.
Serge Guérin
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vendredi, mars 28, 2008
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Libellés : lien social, société
mardi 11 mars 2008
Retour sur les municipales et l'échec des "peoples"
Au-delà des résultats conjoncturels sur les municipales, il me semble que du point de vue de la relation du citoyen à la Cité, l'échec général des parachutés et autre people, puisse assez facilement s'expliquer :
1 Les municipales sont par essence les élections de la proximité et du lien d'usage. On vote d'abord pour celui qui prendra en charge le quotidien, y compris le ramassage des poubelles ou la bonne administration de la voirie. Comment croire que telle ou telle personnalité "vue à la télévision" puisse être crédible dans ce rôle ?
2 Dans le même registre, on notera que la crédibilité se construit en grande partie sur le partage symbolique d'un territoire commun. Autant un élu national peut vivre dans un autre cadre que le citoyen, autant l'élu municipal se doit de partager et de connaître les réalités de l'aire culturelle et géographique des votants. C'est ce qu'a compris un Juppé et ce qui explique en partie l'échec d'un Cavada.
3 Enfin, l'échec d'un grand nombre de personnalités s'explique par une sorte retour du refoulé de l'électeur qui fini par se sentir solidaire de l'élu terne de terrain par rapport au candidat brillant de l'image.
En ce sens, les municpales signent bien un phénomène national !
Serge Guérin
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mardi, mars 11, 2008
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Libellés : lien social, société
mercredi 5 mars 2008
La presse a de l'avenir
Le lancement de magazines comme XXI ou Autrement montre bien que le devenir de la presse ne s'inscrit pas seulement dans la logique de la gratuité.
Le succès de titres comme 20 Minutes ou Metro s'explique largement par la conjonction d'une tendance longue avec l'échec d'un modèle.
La tendance longue, c'est la culture de l'info gratuite : radio, TV et internet se sont inscrits dans cette approche qui conduit à faire payer en différé - par la pub- le prix de l'info.
L'échec d'un modèle c'est celui de quotidiens qui finissent par se trouver en décalage permanent avec la diversités des réalités vécues par les lecteurs potentiels.
Il me semble que la presse payante n'a que deux grandes perspectives devant-elle :
- Refaire du contenu à fort impact. C'est la démarche - réussie- de XXI mais aussi de nombreux magazines aux approches et ciblages très divers.
- Privilégier un journalisme de combat et d'opinion en rupture avec la volonté de ratisser large pour séduire les annonceurs, en évitant les prises de position trop clivantes. Marianne, Charlie-Hebdo ou Valeures Actuelles développent ce type d'approche.
Les médias affrontent une situation totalement nouvelle et destabilisante : ils ont perdu le monopole de la diffusion légitime de l'information.
Serge Guérin
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mercredi, mars 05, 2008
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Libellés : lien social, médias
lundi 11 février 2008
La communication comme non-évidence
La lecture du Dictionnaire d’initiation à l’info-com, qui doit sortir ces prochains jours chez Vuibert, ouvre des pistes de réflexion.
Le propre d’un dictionnaire c’est de prendre le risque du choix et par là-même de la subjectivité. Ce type d’ouvrage permet aussi au lecteur de faire ses choix, de construire son parcours, d’avoir une lecture autonome et évolutive.
Mais, avec un dictionnaire, le lecteur regarde d’abord les entrées et les termes qui manquent.
Ce dictionnaire propose un parcours assez classique dans le choix des thèmes et se distingue dans le type de références. Les auteurs mobilisent, par exemple, Arlette Farge pour analyser le thème de la rumeur.
La vision globale se place surtout du côté de l’émetteur et des supports de communication, plutôt que du côté du public, même si l’entrée existe (p 267). Très logiquement, les deux auteurs (Laurence Corroy et Jacques Gonnet) s’intéressent de ce fait fortement aux questions liées à la manipulation de l’information.
De la même façon, ils sont très sensibles à l’enjeu de l’éducation aux médias qui leur apparaît comme un moyen central de développer l’esprit critique. Peut-être faudrait-il parler plus largement d’éducation critique aux discours médiatiques, politiques et idéologiques ? Mais l’enjeu ne serait-il pas d’apprendre à ne pas chercher de réponse unique, uniforme et stable ? Pour privilégier la multiplicité et la hiérarchie des points de vue.
Mais en refermant l’ouvrage, la question demeure : en quoi la communication et l’information nous aident-elles à être plus libres et plus autonomes ? En quoi les développements de la communication ont-ils favorisé les possibilités du vivre-ensemble ?
Serge Guérin
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lundi, février 11, 2008
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mercredi 30 janvier 2008
Le web 2.0 : ce qui fait révolution ?
La notion de transmission convient d’être interrogée sur le plan de l’effet de l’accélération de l’innovation technologique et de l’émergence de nouveaux médias, en particulier le web et ses prolongations.
L’informatique est d’abord entré dans le monde professionnel conduisant en quelques années à une mutation importante de certaines pratiques et rapports sociaux, en particulier dans les activités du tertiaire. La diffusion massive de la micro-informatique a eu pour double conséquence de supprimer des centaines de milliers d’emplois de secrétaires et de dactylos, et de conduire des cadres, y compris de niveau hiérarchique élevé à devoir gérer de façon autonome une large partie d’activité autrefois déléguées. La représentation du statut a, de ce fait, évolué, puisque l’une des attributs symboliques du pouvoir est passé du nombre d’assistantes à la qualité de l’équipement informatique et de communication. Aujourd’hui, dans l’ordre symbolique, le Blackberry a remplacé la secrétaire de direction.
La diffusion massive de l’informatique personnelle a entraîné aussi une transformation des temps sociaux. La séparation entre la sphère privée et la sphère professionnelle est plus perméable qu’auparavant, en particulier parce que les outils communicants peuvent être mobilisés indépendamment du contexte.
La question du rapport de la génération 68 à l’image et aux médias peut être posée.
La transmission du savoir ne tient plus seulement dans le sens traditionnel qui va du plus expérimenté au plus jeune. La modernité évolutive est marquée par une fluidité et une obsolescence croissante des savoirs. L’anthropologue Margaret Mead parle de « culture préfigurative » pour montrer que les adultes peuvent apprendre de leurs enfants ou de personnes plus jeunes. L’informatique et ses dérivés forment le lieu le plus symbolique de cette mutation. Au sein des familles, c’est souvent un enfant qui se transforme en Directeur des services informatiques local… De même dans l’entreprise, de jeunes embauchés peuvent être recrutés à des salaires plus élevés que des ingénieurs chevronnés en raison de leurs connaissances plus fraîches par rapport à certains logiciels.
Fondamentalement les changements dans les relations entre les générations concernent l’émergence de la notion de responsabilité intergénérationnelle et plus largement à la réciprocité entre les générations[1]. Loin des discours idéologiques sur la guerre des générations[2] pointant, à partir d’analyses de cohortes, une classe d’âge de privilégiés face à des jeunes sans avenir, la réciprocité entre les générations se relève dans le cadre des situations de famille ou du voisinage, dont Simone Pennec a mis en avant l’importance, c[3]omme dans celui de l’entreprise. Il importe de prendre la mesure de la formation d’un espace générationnel qui se construit dans un rapport au temps et doit se mesurer qu’a posteriori. Les générations ne se définissent plus nécessairement dans l’instant mais par la comparaison et dans une perspective historique.
[1] Attias-Donfut, Claudine, Rozenkier, Alain, et al, Les Solidarités entre générations : vieillesse, familles, État, sous la dir. de Claudine Attias-Donfut, Paris, F. Nathan, 1995. et Attias-Donfut, Claudine & Lapierre, Nicole, La famille providence, trois générations en Guadeloupe, Paris, La documentation Française,1997.
[2] Chauvel, Le destin des générations, Paris, PUF, 1998.
[3] Pennec, S. (dir.), Le Borgne-Uguen, F., collaboration Guichard-Claudic, Y., Ce que voisiner veut dire, Brest, ARS, Université de Bretagne Occidentale, Fondation de France, 2002.
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Libellés : internet, lien social, société
jeudi 10 janvier 2008
Hommage à Marie-Paul Kermarec, de la librairie Dialogues à Brest
Les librairies sont essentielles à la qualité de vie d’une ville. Elles façonnent et structurent de façon sereine le lien urbain. La librairie à contenu est un port pour l’intelligence.
À Brest voilà plus de 30 ans que Marie-Paul Kermarec et son frère Charles animent Dialogues. C’est une librairie qui bouge, qui produit de l’âme et qui propose des lieux de vie et d’échange.
Il faut être venu l’après-midi déambuler dans les espaces de la librairie pour saisir ce que dialoguer avec les livres veut dire, pour comprendre que la lecture est d’abord plaisir de la découverte, de l’intelligence et de la curiosité.
Tout est fait pour que le lecteur-visiteur se sente en confiance et en harmonie avec les livres. On peut s’asseoir et lire tant que l’on veut, boire un verre, regarder les expos de photos… Bref, un lieu fabuleux et évolutif qui permet d’oublier les contraintes de la ville, les orages extérieurs ou de prendre son temps avant d’aller faire une visite chez Histoire de Chocolat, autre espace magique.
Marie-Paul Kermarec est morte fin décembre. Elle était l’âme des lieux, celle qui donnait des conseils, accompagnait le parcours livresque de centaines d’aficionados de la librairie. Ses obsèques, au moment des fêtes de Noël, furent un vrai moment de partage dans la ville. Il fallait entendre les témoignages de clients se rappelant que Marie-Paul Kermarec leur avait fait découvrir tel ou tel auteur, mais surtout les avait écoutés pour les éclairer sur des choix de livres, qui sont aussi des choix de vie.
Je ne viens jamais à Brest sans passer par Dialogues pour sentir les nouveautés et voir ce que l’équipe de Marie-Paul Kermarec mettait en avant, ni sans faire une cure de jouvence aux Enfants de Dialogues. La vie continue, les livres aussi.
Le monde serait beaucoup plus joli et vivable s’il y avait quelques milliers de Marie-Paul Kermarec supplémentaires.
Bon courage Charles.
Serge Guérin
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Libellés : lien social
dimanche 30 décembre 2007
Les seniors sont des internautes comme les autres
Les discours autour de l’internet restent marqués par la fascination pour l’objet symbole de la modernité. Le net est un totem. On notera d’ailleurs que généralement, il s’écrit avec un i majuscule. L’idéologie techniciste le pare de toutes les vertus et considère le réseau comme le lien révolutionnaire permettant l’échange entre tous, le progrès de la connaissance, la fin de la solitude et le renouveau des connaissances. D’autres, à l’inverse, ne voient dans le réseau que la source du mal, la porte ouverte à des rencontres dangereuses, une perte de sens et de repères… Les deux regards excessifs témoignent de la difficulté à sortir d’une logique manichéenne face à cet outil de mise en contact.
Ce totem symbolise aussi la revanche de la jeunesse car ces derniers pratiquent de façon naturelle alors que les plus âgés doivent s’adapter de façon constante. Face au net, la frontière des âges est originale : les générations se succèdent en moins de 5 ans. Un jeune d’une quinzaine d’années a toutes les chances de renvoyer en maison de retraite un trentenaire confronté à quelques difficultés d’appréhension d’un nouveau jeu.
De ce point de vue, le sondage CSA publié par Pleine Vie de janvier 2008 sur les comportements face au net des 50-69 ans est des plus utiles pour casser les représentations négatives de l’âge. Il m’a été demandé par la rédaction du mensuel de l’analyser et j’avoue avoir été fort satisfait d’y retrouver confirmation de mes thèses. En effet, les seniors ne sont pas plus réfractaires au réseau des réseaux que les autres. Ainsi 57 % des seniors disposent d’un ordinateur à leur domicile et 46 % sont connectés à internet. Parmi ces derniers, 80 % ont recours à l’ADSL. On voit bien que la fracture numérique n’est pas d’origine générationnelle mais, comme pour le reste, provient d’une diversité de situations et raisons, dont la question sociale, le parcours individuel ou l’environnement géographique tiennent une grande place.
La question principale n’est pas de savoir si les seniors sont immergés dans la culture internet mais si leur type d’utilisation est très différente de celle des autres. Or, les seniors se distinguent des très jeunes en ce qu’ils vivent moins dans le virtuel et utilisent plus le net pour s’informer, se documenter. Surtout, ils produisent du lien social à travers les échanges de mails avec amis, connaissances et surtout famille, dont les petits-enfants. De ce point de vue, le mail permet à chacun de rester dans sa logique, dans sa pratique en écrivant à son heure et sans s’immiscer dans le quotidien de l’autre. Si j’ai envie de faire un signe à 3 heures du matin je peux le faire et le destinataire le lira à sa convenance et y répondra à son rythme.
L’étude CSA Pleine Vie est passionnante. Dommage qu’elle s’arrête à la barre des 70 ans. L’habitude de ne pas se préoccuper des attentes et comportements des septuagénaires et plus est symptomatique, elle aussi, d’une difficulté à traiter l’ensemble des citoyens sur un pied d’égalité de considération.
Serge Guérin
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dimanche, décembre 30, 2007
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