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dimanche 20 janvier 2008

Emploi des seniors : sortir de l’échec

La réforme Fillion sur les retraites de 2003 n’a pas donné les résultats à la hauteur des enjeux en ce qui concerne l’emploi des seniors. Entre 2002 et 2007, le taux d’emploi des seniors n’a augmenté que de 3 points, passant de 34,7 à 37,6% selon Eurostat. Dans la même période, l’Allemagne a vu son taux d’emploi des 55-64 ans passer de 38,9 à 48,4 %.

Le système de retraite par répartition fonctionne dès lors que les actifs sont en nombre suffisant par rapport aux retraités pour que les cotisations retraite ne soient pas trop élevées et que les pensions restent convenables. Le vieillissement de la population et l’allongement de la vie nécessitent d’ajuster les équilibres en agissant soit sur le montant des cotisations, soit sur celui des pensions ou en faisant en sorte que plus de personnes travaillent. Ce dernier facteur est le seul à s’inscrire dans une logique de progrès social,  de croissance économique et de maintien de notre système de retraite.

Le taux d’activité des seniors en France est l’un des plus bas d’Europe, il offre donc une belle marge de progression, sachant par exemple qu’en Suède, il tutoie les 70 % !

Une politique active passera par une réelle motivation des personnes à travers une majoration significative (et non cosmétique) de la retraite si la personne poursuit son activité au delà de la imite des 65 ans, la mise en oeuvre d’actions de formation y compris pour les salariés âgés, l’interdiction totale du recours à toutes formes de pré-retraites  et des actions de communication et de sensibilisation des dirigeants.

 

Serge Guérin

lundi 14 janvier 2008

Mai 68, la dernière génération ?

Le sujet « 68 » va beaucoup se vendre cette année. Nous adorons les commémorations et la distribution des bons points. Qu’est-ce qui fait génération aujourd’hui ? Cela ne peut se résumer au passage d’une classe d’âge à une autre. La diversité des identités et des situations et l’accélération de l’innovation technologique jouent un rôle central dans cette mutation.
Le mouvement de mai 68 marque sans doute la dernière révolte générationnelle de grande envergure. Au sens où cette « révolte juvénile », pour reprendre une formule d’Edgar Morin, a été menée au nom de la jeunesse et contre les générations précédentes. Il s’agissait de casser les rapports sociaux et le formalisme hérités d’un ordre ancien et vieillissant.
Les mouvements qui ont suivi ne comportaient pas cet élément classique d’opposition générationnelle. Les acteurs, après coup, en sont eux même conscients : « il s’agissait de « vivre la dernière grande expérience générationnelle qui apportait ce sentiment d’entrer dans l’histoire
[1]», explique le réalisateur Jean-Henri Roger, ancien de Mai et auteur de « Code 68 ».
Depuis, la notion de génération a pris du flou, si l’on peut dire, les émeutes urbaines de 2005 et les mouvements étudiants anti CPE ont marqué une fracture au sein des jeunes. Les émeutes ont révélé une jeunesse en rupture avec l’histoire sociale et les normes traditionnelles
[2]. Le mouvement anti CPE a traduit de façon symbolique la fracture interne au sein de cette classe d’âge : des jeunes issues de certains quartiers désocialisés sont venus affronter physiquement les étudiants dans les cortèges de manifestants.
L’épisode social de l’automne 2007 a montré une autre application de la déstructuration de la notion de génération : certains étudiants ont annoncé vouloir à rejoindre les manifestions contre la réforme des régimes spéciaux de retraite alors que, d’une certaine façon, leurs enjeux et leurs intérêts sont diamétralement opposés.
Pour autant, le fait générationnel s’il est construit sur une forte référence commune ne supprime pas les oppositions et les mémoires. Dans un article récent du Monde, George Mink
[3] parle du « très trompeur trait d’union générationnel » et cite l’exemple d’un débat organisé en Pologne entre D Cohn-Bendit, le leader étudiant de l’époque et député européen Vert, et A Madelin, ex militant d’extrême-droite et devenu chef de file des libéraux en France, pour célébrer une forme d’humanisme commun. Or, Mink signale que le romantisme générationnel a juste tenu le temps de faire la photo. Les oppositions sur le passé comme le présent restent fortes.

Serge Guérin
[1] In Télérama, n° 2898, 27 juillet 2005.
[2] Marlière, Eric, Jeunes en cité. Diversité des trajectoires ou destin commun ?, Paris, L’Harmattan, 2005
[3] In Le Monde, 4 janvier 2008

dimanche 30 décembre 2007

Les seniors sont des internautes comme les autres

Les discours autour de l’internet restent marqués par la fascination pour l’objet symbole de la modernité. Le net est un totem. On  notera d’ailleurs que généralement, il s’écrit avec un i majuscule. L’idéologie techniciste le pare de toutes les vertus et considère le réseau comme le lien révolutionnaire permettant l’échange entre tous, le progrès de la connaissance, la fin de la solitude et le renouveau des connaissances. D’autres, à l’inverse, ne voient dans le réseau que la source du mal, la porte ouverte à des rencontres dangereuses, une perte de sens et de repères… Les deux regards excessifs témoignent de la difficulté à sortir d’une logique manichéenne face à cet outil de mise en contact.

Ce totem symbolise aussi la revanche de la jeunesse car ces derniers pratiquent de façon naturelle alors que les plus âgés doivent s’adapter de façon constante. Face au net, la frontière des âges est originale : les générations se succèdent en moins de 5 ans. Un jeune d’une quinzaine d’années a toutes les chances de renvoyer en maison de retraite un trentenaire confronté à quelques difficultés d’appréhension d’un nouveau jeu.

De ce point de vue, le sondage CSA publié par Pleine Vie de janvier 2008 sur les comportements face au net des 50-69 ans est des plus utiles pour casser les représentations négatives de l’âge. Il m’a été demandé par la rédaction du mensuel de l’analyser et j’avoue avoir été fort satisfait d’y retrouver confirmation de mes thèses. En effet, les seniors ne sont pas plus réfractaires au réseau des réseaux que les autres. Ainsi 57 % des seniors disposent d’un ordinateur à leur domicile et 46 % sont connectés à internet. Parmi ces derniers, 80 % ont recours à l’ADSL. On voit bien que la fracture numérique n’est pas d’origine générationnelle mais, comme pour le reste, provient d’une diversité de situations et raisons, dont la question sociale, le parcours individuel ou l’environnement géographique tiennent une grande place.

La question principale n’est pas de savoir si les seniors sont immergés dans la culture internet mais si leur type d’utilisation est très différente de celle des autres. Or, les seniors se distinguent des très jeunes en ce qu’ils vivent moins dans le virtuel et utilisent plus le net pour s’informer, se documenter. Surtout, ils produisent du lien social à travers les échanges de mails avec amis, connaissances et surtout famille, dont les petits-enfants. De ce point de vue, le mail permet à chacun de rester dans sa logique, dans sa pratique en écrivant à son heure et sans s’immiscer dans le quotidien de l’autre. Si j’ai envie de faire un signe à 3 heures du matin je peux le faire et le destinataire le lira à sa convenance et y répondra à son rythme.

L’étude CSA Pleine Vie est passionnante. Dommage qu’elle s’arrête à la barre des 70 ans. L’habitude de ne pas se préoccuper des attentes et comportements des septuagénaires et plus est symptomatique, elle aussi, d’une difficulté à traiter l’ensemble des citoyens sur un pied d’égalité de considération.

Serge Guérin

samedi 15 décembre 2007

Générations en question

La notion de génération convient d’être interrogée sur le plan de l’effet de l’accélération de l’innovation technologique et de l’émergence de nouveaux médias, en particulier le web et ses prolongations.

La question du rapport de la génération 68 à l’image et aux médias peut être posée. Si les soixantehuitards ont symbolisé la génération de l’image et de l’innovation dans les médias, leur rendez-vous manqué avec l’internet marque bien une difficulté à saisir les potentialités de ces médias et plus largement les transformations des relations sociales.

La transmission du savoir ne tient plus seulement dans le sens traditionnel qui va du plus expérimenté au plus jeune. La modernité évolutive est marqué par une fluidité et une obsolescence croissante des savoirs. L’anthropologue Margaret Mead parle de « culture préfigurative » pour montrer que les adultes peuvent apprendre de leurs enfants ou de personnes plus jeunes. L’informatique et ses dérivés forment le lieu le plus symbolique de cette mutation. Au sein des familles, c’est souvent un enfant qui se transforme en Directeur des services informatiques local… De même dans l’entreprise, de jeunes embauchés peuvent être recrutés à des salaires plus élevés que des ingénieurs chevronnés en raison de leurs connaissances plus fraîches par rapport à certains logiciels.

Fondamentalement les changements dans les relations entre les générations concernent l’émergence de la notion de responsabilité intergénérationnelle et plus largement à la réciprocité entre les générations (Attias-Donfut). Loin des discours idéologiques sur la guerre des générations (Chauvel) pointant une classe d’âge de privilégiés face à des jeunes sans avenir, la réciprocité entre les générations se relève dans le cadre des situations de famille ou du voisinage (Pennec) comme dans celui de l’entreprise.  

mardi 11 décembre 2007

Bien vieillir dans la ville


Le logement et l’organisation de la ville participent de façon essentielle à la politique de la vieillesse. Il est bon que Plan Urbanisme Construction et Architecture ait lancé une dynamique d’études dans ce sens.
Mais la prise en compte des réalités démographiques (allongement de l’espérance de vie, diminution de la fécondité et de la mortalité, prise d’âge des générations du baby-boom…) par les décideurs politiques et économiques apparaît encore très largement médiatisé par la culture du jeunisme et un rapport pour le moins complexe au fait de vieillir. La tentation ségrégative est forte. Un chercheur, Renaud Le Goix, a mis en avant le développement des Gated communities, ces villes protégées, gardiennées et « interdites » aux non résidents. Elles produisent une forme d’apartheid générationnel qui peut être aussi social, racial ou autre. Le sentiment d’insécurité et le désir de se protéger de la différence ne touchent pas seulement les plus âgés : ces villes gardiennées rencontrent, depuis les années 1970 aux Etats-Unis, une demande croissante auprès d’une population aisée et jeune.
D’une certaine façon celui qui prend de l’âge (et peut –être encore plus, celle qui prend de l’âge) s’inscrit dans la liste des recalés de la modernité. Dans ses travaux sur la folie, Michel Foucault montre que dès le XVIIème siècle, la société a cherché à se préserver des fous, des pauvres et autres parasites. Les vieux peuvent être inclus dans ces catégories de parias que l’on veut cacher, dont on veut se protéger. La tentations de les enfermer dans une sorte de camisole logistique pour éviter qu’ils ne sortent, qu’ils soient au contact des autres est bien là. De son côté Gauffman à développé la notion de la personne stigmatisée, celle dont les caractéristiques sont disqualifiantes aux yeux des autres...