jeudi 13 janvier 2011

De la la consultation à propos de la « prise en charge de la dépendance des personnes âgées.

La « consultation gouvernemantale à propos de la « prise en charge de la dépendance » pose bien des questions.
D'abord, il faut mettre bien des termes entre ""
Ainsi "consultation" ne veut pas dire "négociation". Ce n'est pas neutre...
Ensuite, le terme de « dépendance » qui est utilisé résume parfaitement ces représentations négatives. Il s'agit d'une nécessité de se prémunir contre « le risque dépendance ». La phase de concertation que le gouvernement propose en 2011 pour la « prise en charge de la dépendance » s'inscrit dans cette idéologie de la victimisation et de la peur. Ainsi confondre allégrement la notion de dépendance avec celle de perte d’autonomie est une posture qui en dit long sur la vision de la société. Car l’interdépendance est la définition même de la société : c’est parce que nous avons conscience de dépendre les uns des autres, d’avoir partie liée, de vivre en destin commun, que nous faisons société. A l’inverse, les fragilités physiques, mentales, économiques ou morales conduisent à nous faire perdre de l’autonomie. Il y a bien une opposition entre deux visions, deux idéologies : la première met l’accent sur la notion de solidarité, de lien, de relations d’interdépendance ; la seconde magnifie l’autonomie, la compétition, le parcours individuel. Dans le premier cas, la solidarité répond à une logique collective, dans le second, elle s’inscrit dans une démarche individuelle fondée sur l’assurance privée.
Rajoutons aussi qu’une démarche de solidarité collective implique de ne pas découper les gens en tranche : la perte d’autonomie n’est pas liée à l’âge mais à une situation donnée dans un environnement donné. L’enjeu c’est de construire un droit universel de compensation à la perte d’autonomie qui passe par l’élargissement de la protection sociale.
Enfin, ce mode d'approche est fondée sur la peur à travers des masses de chiffres lancés dans la nature médiatique et qui font "peser sur les déficits publics une menace insupportable"... Or, si l'on regarde bien, il s'agit de se préparer à passer de 21 milliards d'euros de dépense" à 30 milliards d'ici à 2040. C'est beaucoup ? Sauf que en 2010, cela représente 1,1% du PIB... et en 2040, cela représentera environ 1,1% du PIB...
Valoriser la notion de dépendance, associer vieillissement et déficit, jouer sur des chiffres : s'agirait-il de favoriser une démarche individualiste nous conduire à privilégier l'assurance privée ?

mercredi 3 novembre 2010

Les métiers du care : l’effet levier du vieillissement

L’étude sur l’emploi publiée fin octobre par la Dares (Dares Analyses, n°69, oct 2010) met en avant que le secteur des services à la personne est l’un des rares domaines professionnel à avoir vu l’offre de travail croître. Sur la période 2003-2009, la hausse de l’emploi se limite à 4% tous secteurs confondus. Mais les écarts sont marquants : l’industrie perd 7 points et l’agriculture 15, alors que le secteur « Santé et Action Sociale, culturelle et sportive » arrive en tête des créations d’emploi avec un gain de 15 points, le domaine des services aux particuliers et aux collectivités connaît une hausse de 11 points. Ce sont les métiers et les activités de l’accompagnement et du service qui prennent une part croissante de l’activité économique globale et des emplois. On notera que ces secteurs sont ceux qui sont le plus genrés : alors que les femmes représentent 47% de la population active, elles comptent pour plus de 60% dans les secteurs où l’emploi est en plus forte croissance. Dans le domaine de la santé et de l’action sociale, le secteur du care et de l’accompagnement par excellence, les femmes représentent même 75% de la population. Au train où vont les choses, d’ici à 10 ans, les femmes seront majoritaires au sein de la population active. C’est déjà le cas au canada où elles représentent 50,6% du total des actifs.
Ce constat facilite la déconstruction du discours commun : loin d’être un handicap, le vieillissement est une chance. D’abord cela témoigne des effets positifs de la recherche médicale, de la prévention et de la mise en œuvre de lois de protection sociale. Ensuite, parce qu’en favorisant une vie plus douce pour les plus fragiles cela profite à l’ensemble de la population (Guérin, L’invention des seniors, Hachette Pluriel, 2007). Enfin, il y a un effet levier en faveur de la création d’activités économiques.
Dans cette perspective, il y a nécessité politique de valoriser de la place des femmes dans la décision et dans la représentation sociale de la société. Cela doit se traduire d’abord par une revalorisation de ces métiers qui restent mal payés, disposent de peu de système de formation et de valorisation et n’ouvrent guère à des politiques de filière et de mobilité. Notons que souvent les premières à effectuer les taches les plus ingrates, les moins gratifiantes, sont les femmes issues de l’immigration. Les aspects économiques et culturels tiennent une place structurante pour expliciter cet état de fait. Ainsi, la norme sociale a toujours dévalorisé les métiers liés au sale jugé dégradant (Vigarello, Le propre et le sale, Seuil, 1985).
La question des services sous l’angle de l’accompagnement bienveillant nécessite de penser de nouveaux droits à destination des personnels et auxiliaires de soins ou d’accompagnement, qui sont aussi majoritairement des femmes, aux revenus modestes et qui ne sont pas toujours bien formées. Une politique du care, dans la définition de ses principes comme dans la mise en œuvre et l’organisation des orientations, implique de revaloriser en priorité la condition sociale et familiale des femmes, de mettre en cause leur situation précaire et instable, dont le temps partiel contraint (déstructurant profondément les modes de vie, les modes de relation familiale) est le signe le plus manifeste.

Serge Guérin

mercredi 30 décembre 2009

Métissages pluriels

Lorsque l’on pose la question des représentations des identités sociales ou ethniques, du vieillissement ou encore de la fragilité, il importe d’avoir à l’esprit que ces notions sont relatives, culturelles et évolutives. Le rapport à l’âge, par exemple, dépend, en large partie, des représentations d’un environnement, des origines sociales, du statut et du sentiment d’appartenance de la personne, mais aussi de réalités objectives (par exemple, il y a un écart de 8 ans d’espérance de vie entre un OS et un cadre supérieur) qui participent aux représentations de soi et du monde des personnes.
L’individu est un métis social qui du coup a plus de mal à trouver ses références seulement dans une culture collective, dans une histoire politique ou générationnelle. Mais dans le même temps la conscience de ce métissage social nous ouvre à l’autonomie. Nous apprenons de la vie, la vie nous apprends sur nous. L’apprentissage est complexe, protéiforme et nuancé. Les événements et les situations ne produisent pas les mêmes effets, les mêmes constructions sur chacun d’entre nous. Dits-toi que toutes les religions n’en apprennent pas plus que la confiserie, écrivait Fernando Pessoa .
La France se métisse aussi sur le plan ethnique. Le pays est historiquement un pays d’immigration (à l’inverse de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie ou encore de l’Irlande), même si elle se caractérise dans la dernière période par un moindre afflux de migrants que la plupart des autres nations européennes – en particulier parce que sa démographie est la plus dynamique d’Europe-. Pourtant, les enfants de migrants principalement ceux issus d’Afrique du Nord ou subsaharienne, même ceux de la troisième génération, sont encore renvoyés à leur origine comme seule définition de leur identité. A l’heure des identités multiples, il y a quelque chose de tragique à refuser cette pluralité à ces jeunes – et moins jeunes-, au lieu d’en faire une source de richesse supplémentaire pour la collectivité. Tragique d’autant plus qu’à l’avenir, toute pousse à penser que les flux migratoires vont se poursuivre, pour des raisons d’abord économiques, mais aussi pour des raisons climatiques.
Néanmoins, il est intéressant de souligner, là aussi, le travail des sociétés, la complexité des choses, la puissance de la nuance et la dialectique constante des interférences entre les cultures. Le mouvement n’est pas homogène et unidirectionnel. Il ne s’agit pas seulement de croire à une uniformisation du monde sous la pression de la mondialisation marchande : elle existe mais rencontre aussi l’anthropologie des peuples, la puissance du fait historique, la permanence de réflexes culturels et sociaux…

Serge Guérin

dimanche 14 juin 2009

L’habitat social, le 6ème risque

L’habitat participe du socle essentiel des droits humains. Au même titre que la Sécurité sociale organise, depuis le compromis de 1945, les conditions du droit de chacun, quel que soit son origine, ses revenus ou son état de santé, à pouvoir être soigné et être hospitalisé, il apparaît nécessaire d’instaurer progressivement les conditions pour que l’habitat devienne aussi un droit universel.
D’une certaine façon, l’habitat social, porté par le secteur du Hlm, joue comme un amortisseur social, le sixième risque (le cinquième étant celui de la question de la dépendance) pris en charge par la sécurité sociale ou plus largement le système de protection sociale. L’habitat peut largement participer d’une approche qui vise à sécuriser le parcours professionnel et de vie de chaque individu. La notion de flexicurité aide ainsi à interroger les conditions d’intervention de l’entreprise dans cette perspective. La tradition du 1% logement puise ses racines dans le patronat social du 19ème siècle.
Les entreprises ne pourront faire l’économie de l’aide à la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle. Impossible de laisser les individus seuls face à certaines difficultés d’organisation envers leurs enfants, mais aussi leurs parents ou grands-parents.
De la même façon, l’entreprise ne peut croire qu’elle n’est pas impactée par le fait que des salariés aient des difficultés à régler leurs soucis de santé, ou à trouver un logement à un prix abordable et pas trop éloigné du lieu de travail.

Serge Guérin

vendredi 1 mai 2009

Repenser la notion d’activité

Les mots ne sont jamais neutres. Ainsi ce la cassure actif/inactif. Ainsi on défini les femmes au foyer ou les retraités comme des inactifs. Pour les retraités, on parle des inactifs de plus de 60 ans…
Mais l’activité est-elle seulement définie par le rapport au travail, qu’il soit salarié ou non ? Chacun d’entre nous connaît des « actifs » fort peu actifs et des « inactifs » particulièrement actifs… Mieux, même, dans certains cas, certains actifs ferraient mieux d’être… plus inactifs.
Ainsi parmi les 13 millions de retraités, bon nombre d'entre eux participent de multiples façons à la vie sociale, à la bonne marche de la communauté, au développement de la Cité. Que serait d'ailleurs le monde associatif sans les millions de bénévoles actifs de plus de 60 ans, que deviendrait la vie communale sans les 30 % d’élus qui bien qu’officiellement inactifs passent la majeure partie de leur temps au service des autres ?
Et que dire des solidarités de proximité ? Combien de familles tiennent le coup grâce aux coups de mains multiples de grands-parents : garde des enfants, accueil à la maison, bricolage et aides diverses, aide monétaire, aide aux devoirs… La liste est sans fin.
De la même façon, il est impossible de faire une liste exhaustive des aides apportés par les « inactifs de plus de 60 ans » à leurs voisins ou à leurs amis dans la vie quotidienne comme dans le partage d’expérience.
Les mots ne sont jamais neutres et traduisent un jugement, des représentations d’une situation. Il serait donc temps, là aussi, de changer les images, d’aider à moderniser les regards et les références.
Il ne s’agit pas d’un sujet anecdotique. Ce qui est en jeu, c’est bien la compréhension par la sphère sociale de cette révolution liée à la rupture démographique : les formes d’activité continuent de se diversifier et la notion de retraite sera de moins en moins associé à celle de retrait de la vie économique et citoyenne.



Serge Guérin

dimanche 22 mars 2009

Un cheque républicain en réponse à la crise de la presse

Partant du constat que la crise de la presse s'explique en partie par le fait que les jeunes perdent le réflexe d’aller s’informer par la presse, de passer par un kiosque pour ouvrir une fenêtre sur le monde, avec Philippe Robinet, directeur de Oh ! Editions, nous avons proposé d’instituer un chéquier Républicain qui serait remis à tous ceux qui viennent d'avoir 18 ans.

Un citoyen majeur est un citoyen informé. Cette mesure forte sur l’idée qu’un nouveau lecteur de circonstance se transforme en acheteur de conviction à partir du moment où on lui permet de « rencontrer », de tester différents titres de presse.

Nous proposons qu’au moment de ses 18 ans, le jeune qui entre dans la plénitude de ses droits civiques, puisse se voir proposer un chéquier presse équivalent à 50 euros (une quinzaine de magazines, une quarantaine de quotidiens). Les cheques pouvant être échangés contre n’importe quel journal ou magazine distribués en kiosque. Avec son cheque, le jeune citoyen pourra essayer un titre puis un autre… Il pourra ainsi mesurer combien en France la presse est diverse, riche et multiple. Il verra aussi qu’un kiosque est un lieu d’échange, de discussion, de rencontre. Le kiosque est un concentré de vie avec ses contradictions, ses surprises et ses étonnements.

Il ne s’agit en aucune façon d’imposer un type de presse, d’opposer des journaux nobles à des magazines vulgaires mais bien au contraire de faire confiance à chacun, de laisser le libre-arbitre, le désir, la curiosité se manifester et créer une dynamique.

À défaut d’un engagement national, les Régions, les Départements ou les communes qui le souhaitent pourraient tester ce « chéquier-presse ». L’expérimentation sociale a montré son intérêt.

À la suite de notre appel publié le 24 décembre dans Le Monde, plusieurs villes se sont intéressées à l’idée. C’est à Othis, le 14 mars 2009, que le premier chéquier républicain a été remis aux jeunes ayant eu 18 ans dans l’année. Il y avait une symbolique forte à voir ces jeunes se saisir de leur première carte d’électeur en même temps que de ce chéquier presse.

La ville d’Asnières, plusieurs communes dans les Alpes-Maritime et en région Rhône-Alpes, ont d’ores et déjà prévu d’adopter notre formule. Comme quoi la presse a bien une influence puisque tout est partie d’une tribune…

La démocratie est un combat sans fin qui nécessite des citoyens aussi bien formés qu’informés. La presse, au sens du droit à l’information critique et pluraliste, comme la santé ou l’éducation, participe des droits humains essentiels. Si elle a un coût, elle n’a pas de prix et peut s’insérer dans une politique publique affirmant le droit pour tous à une protection sociale. Pouvoir s’informer pour pouvoir décider

Il n’y a pas de fatalité du déclin lorsque la volonté d’agir est là. La presse écrite n’est pas condamnée au Tribunal de l’histoire, mais elle est condamnée à innover, à prendre l’offensive, à récuser la morale de la défaite. C’est essentiel, il en est de notre liberté de la presse et donc de notre démocratie.

Serge Guérin

mercredi 11 février 2009

La révolution du service

La crise actuelle est plus qu’une crise cyclique. Elle remet en cause une large part des logiques d’accumulation qui président au développement du capitalisme. Elle signe, peut être, l’an 1 de l’ère du service
L’un des premiers à nous avoir alerté reste Jeremy Rifkin, (L’Âge de l’accès. La nouvelle culture du capitalisme, La Découverte). La notion de marché est progressivement remplacée par celle de réseaux, les biens n’ont d’intérêt que s’ils sont accompagnés de services… On n’achète plus, on utilise. La notion d’accès se substitue à celle de propriété.
Ainsi, ce n’est pas le logement qui importe mais l’accès qu’il permet à des services internes (confort, espace…) comme externes (magasins, écoles à proximité…). La voiture est de moins en moins un bien statutaire pour devenir un mode de transport permettant de répondre aux nécessité de la mobilité.
La peur de ne plus pouvoir faire face à l’endettement, la prise de conscience de l’impact écologique et de la faiblesse des durées de vie des produits, et la compréhension que l’accroissement de l’espérance de vie aura des conséquences croissantes en termes de besoins de services personnalisés, rend essentiel pour chaque individu l’abonnement ou l’adhésion à des plateformes de services. Notre statut social sera largement mesuré par le niveau et la qualité de l’accès à des services. L’exemple de l’habitat et du quartier montre bien le lien statut/services.
Pierre Cahuc et Michèle Debonneuil, dans un rapport remis en 2004 pour le Conseil d’analyse économique, ont cherché à alerter sur l’importance pour l’économie et l’emploi (mais aussi pour le bien être) du développement des services. L’enjeu se calcule en millions d’emplois. Des emplois producteurs de lien social, non délocalisables et concernant des profils peu comme très qualifiés et dont l’empreinte écologique reste réduite
Nous produisons la société autant qu’elle nous forge. Aujourd’hui elle est inquiète de son devenir, de sa pérennité. A travers son principe de responsabilité, Hans Jonas a montré, voici plus de 30 ans, que nos destins sont liés à notre environnement. La société des services ouvre, sans doute, la perspective d’un développement plus équitable sur le plan social et écologique.


Serge Guérin

lundi 19 janvier 2009

De la famille et de la solidarité

L’Insee vient de publier ses dernières estimations sur le dynamisme de la démographie française. Il en ressort que le taux de fécondité des femmes en 2008 s’est situé à 2,02, le record d’Europe. Deux autres éléments retiennent l’attention : les parents sont toujours plus âgés puisque l’âge moyen des mères à la naissance est de pratiquement 30 ans ; les naissances se réalisent de plus en plus hors mariage (52%).
L’une des conséquences majeures de la prise de pouvoir de l’individu sur sa destinée et de l’évolution des normes sociales tient à la disparition d’un modèle unique de famille au profit du pluralisme familial (Sociologie de la famille, La Découverte, coll. « Repères », 2007). Aujourd’hui, les formes concernent autant des démarches institutionnelles symbolisées par l’union matrimoniale de deux personnes de sexe opposé que le PACS (pacte civil de solidarité) dont le succès va croissant. Demain, il s’agira du mariage homosexuel. La famille ne s’identifie plus seulement à une démarche civile et institutionnelle, mais revient souvent à des choix individualisés et évolutifs, largement liés à l’enfant. Les structurations informelles de la famille vont de la vie de couple traditionnelle mais non symbolisé par le mariage à des formes plus souples d’unions, voire des modes de cohabitation polymorphe et évolutive. Aujourd’hui, 40 % des enfants vivent dans des familles monoparentales ou recomposées.
Pour autant, cet « éclatement » de la forme familiale ne conduit pas à la disparition des solidarités familiales. Au contraire ! Elles sont plus choisies qu’hier… Au temps jadis, on parlait de la « fille sacrifiée » : dans chaque famille, un enfant (généralement une fille) était désigné, le plus souvent de façon non dite, pour prendre en charge dans le futur les parents, voire les beaux-parents. Aujourd’hui, les formes de l’appui des proches ont aussi évolué. On doit à Claudine Attias-Donfut de magnifiques travaux sur l’importance du soutien au sein des familles (Les solidarités entre générations : vieillesse, familles, État, Nathan, 1995). L’aide familiale apparaît d’abord comme le fait des compagnes ou des filles, reste que sous l’influence de la mutation de la famille et d’une autonomisation croissante des femmes et de leur rôle social traditionnel, les choses évoluent. Les rôles au sein de la famille sont de plus en plus polyvalents et évolutifs, y compris lorsqu’il s’agit de mobiliser les ressources de la solidarité (Petite Ségolène, Les règles de l’entraide : sociologie d’une pratique sociale, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le lien social », 2005).
Signalons d’ailleurs que les nouveaux seniors forment la première génération à devoir s’occuper de leurs parents et de leurs enfants . C’est ce que l’on peut nommer la génération pivot, la génération solidaire.
De ce point de vue, on peut suivre François de Singly lorsqu’il insiste sur la tonalité différente des relations intergénérationnelles et qu’il relève, une « centration sur les relations encore plus accentuées » (Sociologie de la famille contemporaine, Nathan, Coll. « 128-Sociologie », 1993). Il y a plus de liberté, d’autonomie, d’individualisme et pourtant les liens entre les générations sont plus forts, la proximité affective est plus grande.
On ne peut penser la société sans avoir à l’esprit ces faits. On ne peut penser la politique sociale sans avoir en tête ET ces mutations ET cette permanence de la solidarité.

Serge Guérin

samedi 6 décembre 2008

La ville, espace de démocratie et volontarisme

La ville se pense aujourd’hui aussi comme un formidable dispensateur de services devant s’adapter au mieux aux modes de vie des uns et des autres. La ville n’est pas la simple organisation de l’habitat et des transports mais bien une plateforme polymorphe pour répondre à la diversité des façons de vivre.
Avec le rallongement probable de vie de travail et l’allongement de la vie, les collectivités devront fournir de plus en plus de services et d’infrastructures pour faciliter la vie dans la Cité au travail (aide à la recherche de solutions de gardes pour les jeunes enfants ou les personnes fragilisées, démarches administratives...). Il importe aussi que les territoires puissent prévoir les conséquences du changement démographique et de la diversité croissante des nouvelles attentes des personnes concernées. Les schémas gérontologiques, sont un exemple de cette volonté de bâtir des politiques volontaristes en fonction d’objectifs construits par le consensus de la société civile. Ils montrent l’importance sont des outils d’entraînement et de globalisation des moyens et des perspectives. Ils sont essentiels pour tenter d’adapter en amont les infrastructures et les formes de la ville à la l’évolution de la société et de la démographie vieillissement. Il est aussi vital de penser la ville et son espace comme des lieux de croisements et de rencontre mais aussi comme des sphères permettant l’évitement, les rythmes différents, les moments d’intimité et de recul.
De plus en plus d’acteurs entendent prendre en compte la globalité des enjeux et les nécessités de l’accompagnement des publics sous toutes ses formes. Il s’agit bien de prévoir, d’anticiper et d’inscrire la réalité de l’allongement de la vie, les effets des mutations de la famille ou l’impact de la précarisation croissante d’une large part des salariés, dans le cadre d’une politique globale des territoires.
Signalons aussi le rôle dans la construction du consensus et dans la prise de conscience des enjeux socio-démographique que peut tenir le Conseil économique et social de Région dans cette optique de mobilisation des intelligences pour adapter le territoire à la réalité démographique dans sa diversité. Il n’est pas inintéressant de voir que des villes comme Metz mettent en place un Conseil Economique et Social au niveau de la ville pour là aussi permettre l’expression et le travail en commun d’acteurs représentatifs de la société civile au niveau du local. Rajoutons que l’outil de coopération locale qu’est le SCOT (Schéma de cohérence territorial) en ce qu’il intervient au niveau du bassin de vie et qu’il cherche à traiter aussi bien les transports que le cadre de vie, apparaît comme un moyen intéressant et bien situé pour améliorer le lien entre dynamique des territoires et changement de modes de vie.


Serge Guérin

lundi 10 novembre 2008

La protection sociale au temps de l’individu

Honneth a montré combien cette notion de reconnaissance était centrale dans la construction de l’identité de soi mais aussi d’un projet collectif (La société du mépris, La Découverte).
En fait individualisation rime avec besoin de reconnaissance et refus du mépris.
Dans cette optique, il est essentiel de renouveler le lien entre emploi et protection sociale. Pourquoi ne pas inventer un contrat de travail associé au salarié plutôt qu’à l’entreprise ? Il s’agirait d’assurer la permanence d’une protection sociale, de droits à se former et de revenu pour des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas nécessairement obtenir un emploi en continue. Cela concerne aussi bien les métiers artistiques que les seniors ou les nouveaux parents désireux d'organiser autrement leur temps social. Cette approche favoriserait aussi l’activité de salariés dans le monde associatif ou dans un bassin d’activité en étant employés par plusieurs petites entreprises. Ce système évitant aux employeurs comme aux salariés de multiplier les contraintes administratives et les freins liés à la méconnaissance des formes d’emploi non standardisés. A partir de la situation des intermittents du spectacle et des revendications pour conserver un système adapté à une situation singulière, les économistes Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato ont pour leur part développé, dans un ouvrage passionnant, solide et construit sur une enquête sociologique de fond, un modèle de régime d’indemnisation utilisable pour des actifs en emploi non stable (Intermittents et précaires, Amsterdam). Leur réflexion, à discuter car parfois un peu rigide, rejoint les travaux de Gorz et ouvre des pistes qui font écho à une autre approche de la société de l'individuation.
En fait, c’est la question d’un nouveau compromis social plus favorable au travail et qui prenne la mesure de la plasticité croissante des formes d’emplois et d’activité qui est posé.
Il faut inventer de nouvelles formes de salariat pour répondre aux défis de la société de l’individu. Une société qui n'est pas nécessairement seulement ouverte aux vents de l'égoïsme.

Serge Guérin

vendredi 24 octobre 2008

Vers un capitalisme au féminin

Le travail des femmes fut le marqueur de la seconde moitié du XXème siècle. L’emploi féminin a transformé les usages sociaux, produisant une nouvelle répartition des temps domestiques et professionnels avec l’appel croissant à des professionnels rémunérés ou des structures de services pour la garde d’enfants ou différents travaux ménagers.
Surtout les femmes sont devenues des acteurs bien plus autonomes financièrement et culturellement pour décider de leur vie personnelle. Les études et l'activité professionnelle ont ouvert aussi un espace bien plus large de possibles, de libertés culturelles et de "choix" de partenaires potentiels. Les femmes font de plus en plus des enfants selon leur agenda propre où la problématique professionnelle entre largement en ligne de compte. Ainsi l'âge moyen du premier enfant est-il proche de 30 ans. En termes de prospective sociale, dans les années à venir, la consommation sera de plus en plus co-produite par les femmes pour elles ou pour leurs proches. Mais cette consommation ne va pas seulement concerner des biens et des services traditionnels. Elles vont orienter les formes des produits comme les façons de les vendres. Surtout la demande sociale concernera de plus en plus des produits et des services permettant le respect de l'environnement, le développement de sa propre autonomie et la prise en compte de l'autre, enfant comme parent vieillissant.
On peut prévoir que d'ici à 2025, les femmes feront des enfants de plus en plus tard ou n'hésiteront pas à adopter y compris après 40 ans, contraignant les entreprises comme l'Etat à s'adapter.
L'avenir du capitalisme devrait se conjuguer au féminin.

Serge Guérin
On peut aussi retrouver des contributions de prospective sociale sur le site France2025

mercredi 3 septembre 2008

La flexicurité, comme socle évolutif d’une société de la solidarité de proximité

Adopté en décembre 2007 par le Conseil Européen, la notion de flexicurité progresse rapidement dans le débat français. Elle est au centre de l’accord national interprofessionnel signé le 11 janvier 2008 par l’ensemble des partenaires sociaux à l’exception de la CGT.
La flexicurité repose sur quatre axes (contrat de travail, formation, politiques de l’emploi et protection sociale) destiné à favoriser l’adaptation des entreprises à un marché de plus en plus mouvant sans précariser à outrance les salariés. La flexicurité entend inventer un nouveau modèle où la souplesse croissante du contrat de travail serait contrebalancée par un engagement solide en faveur de l’accompagnement social et économique des salariés sur la durée. Cette nouvelle donne implique très clairement de changer de paradigme tant la question de la formation (fin du « totem » du diplôme et possibilité de se former en fonction de son bagage de départ et à partir d’un projet professionnel ou de vie) que sur celle de la relation à l’employeur (capitalisation des périodes et des formes d’activités qu’elles soient salariés ou non ouvrant droit à l’ensemble des prestations sociales).
Mais cette approche qui touche d’abord aux représentations du travail et de la relation hiérarchique, se développe dans une perspective de vieillissement de la population, d’allongement de l’espérance de vie des personnes atteintes de maladies chroniques et de mobilité sociale et professionnelle croissante. Aussi, l’enjeu de la flexicurité dépasse largement le cadre actuel. Elle concerne aussi bien la question du logement que celle du soutien aux aidants de proximité.
En effet l’un des éléments qui contribue à précariser l’employé tient à son accès de plus en plus difficile au logement, en termes de prix et de localisation. Par ailleurs, le différentiel de coût d’un logement participe des freins à la mobilité des salariés.
Sur un autre plan, il apparaît bien que l’entreprise et la collectivité peuvent difficilement faire comme si de nombreux salariés et autres actifs n’avaient pas de parents vieillissants à aider, d’enfants, de compagnon ou de compagne malade chronique à soutenir. Les styles de vie et les contraintes sociales de proximité jouent directement sur la disponibilité des personnes et sur leur engagement. La question de la conciliation vie privée et vie professionnelle est, et sera de plus en plus, un élément déterminant de la relation des individus à l’entreprise.
La flexicurité s’inscrit largement dans cette société de la solidarité de proximité qui devrait émerger dans les années qui viennent et qui va renouveler le contrat social initié dans les années 45.

Serge Guérin

mardi 19 août 2008

Fin du pétrole et société de la frugalité douce

Selon les prospectives les plus récentes, les réserves de pétrole ne devraient assurer que 50 ans d’autonomie. Méfions-nous toujours des prophéties et notons que plus le prix du pétrole est élevé et plus les recherches et les applications de dérivés deviennent intéressantes, motivantes puisque rentables. Cela peut faire changer beaucoup de choses !
Reste que, il nous faudra apprendre à vivre autrement.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple est vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Nous entrons à reculons dans une société de la frugalité douce. Cela nécessite d’inventer un autre paradigme et d’autres valeurs. La nécessité d’aller vers une société de la frugalité qu’Hans Jonas avait déjà annoncé dès 1979 (Le Principe responsabilité, Flammarion), vient en contradiction fracassante avec les images et l’idéologie véhiculées par les médias et en particulier la télévision. La hausse du pétrole va nous contraindre à changer mais pour cela un immense travail de pédagogie et de médiatisation sera nécessaire pour faire évoluer nos représentations.


Serge Guérin

dimanche 6 juillet 2008

La guerre des capitalismes aura (bien) lieu

L’ensemble des acteurs sociaux doivent apprendre à conjuguer le nouveau capitalisme. C’est le thème de l’excellent ouvrage dirigé par Jean-Hervé Lorenzi, La guerre des capitalismes aura lieu (Perrin). Pour les auteurs du Cercle des Economistes, la mondialisation n’a pas unifié le monde mais permis l’émergence de plusieurs formes de capitalismes dont les antagonismes sont cruciaux. En son temps Michel Albert avait montré l’opposition entre les capitalisme rhénan et anglosaxon, C’est le second qui après la chute du mur de Berlin semblait avoir gagné la partie.
Aujourd’hui, les auteurs mettent en avant un affrontement plus lourd entre différentes formes de capitalismes. Si le capitalisme anglosaxon est un vainqueur en trompe l’œil, comme l’explique Hubert Vedrine, il fait face à une forme rénovée et diablement puissante d’alliance entre un entreprenariat débridé soutenu par un Etat fort ,dirigiste et capable de contenir, si besoin par la force, les revendications sociale. La distinction fondatrice tient aux modes de régulations internes à ces capitalismes et aux rapports de force entre les acteurs de ces économies-monde, pour reprendre le terme de Braudel. La question du pouvoir financier, des modes de sa régulation et du poids nouveau des fonds souverains sont mises en perspective. Il y a des oppositions d’intérêt qui sont facteurs de désorganisations dangereuses pour les équilibres sociaux et pour la légitimité des Etats.
L’un des passages les plus passionnants de ce livre dense mais très accessible réside dans le chapitre sur « eau, pétrole, capital humain ». Pour les auteurs, le pouvoir est là. Surtout, l’affrontement autour des sources d’énergie renouvelle le rapport à la rareté. Il y a une « rareté cumulative » où la situation dépend de la politique collective menée par les Etats. A l’inverse, la « rareté concurrentielle » qui pousse individus ou Etats à s’organiser pour remédier à cette dépendance en s’assurant, d’une façon ou d’une autre, l’accès à ces réserves. La rareté e n’est pas seulement liée à des considérations physiques mais à des modes d’organisation de la société, à des choix en amont, ou encore au manque de politique de prévention.
Pour les auteurs, il est impératif de bâtir de nouvelles institutions de régulation à la fois représentatives et en position d’imposer des règles communes minimales (p 12). Le chapitre VIII est, de ce point de vue, très éclairant.
La mondialisation ne nous offre pas un monde pacifié et tourné vers le progrès et le respect de l’humain. Elle ouvre plutôt une période de grande incertitude dont le modèle européen risque d’être la victime.

Serge Guérin

samedi 21 juin 2008

La société de la tendance

D’où viennent nos opinions, et nos choix ? Ceux qui développement une vision policière de l’histoire et imaginent que nous sommes instrumentalisés par des puissances sournoises et secrètes s’opposent à ceux qui veulent croire à l’indépendance totale de l’individu mu par la seule boussole de la recherche d’une maximisation totale de l’intérêt personnel.
Dans une remarquable synthèse, Sociologie des tendances (Que sais-je ?PUF), Guillaume Erner interroge la naissance et le développement des modes et des tendances qui se succèdent à un rythme toujours plus rapide. Erner déconstruit les discours trop mécanistes plaçant publicité (Barthes) ou processus de domination (Bourdieu) comme ordonnateur des tendances et des modes. Erner montre combien les tendances ont pris le pas sur les normes : la société s’atomise et les tendances s’individualisent. Le succès des modes vient d’une conjonction d’influences : besoin de nouveautés (Campbell), effets mimétiques (Veblen), charisme des acteurs (Weber), puissance de la symbolique (Baudrillard)... Cette diversité de causes explique que pour Erner, les tendances restent pour une part non-prédictibles.
L’interrogation sur les tendances pose aussi la question de l’opinion. Pour Julliard (La Reine du monde, Flammarion), c’est elle qui aujourd’hui gouverne. Si Tocqueville s’inquiétait de ce totalitarisme consensuel, Julliard y voit la manifestation d’une nouvelle étape de la démocratie. Merton prenait en compte la puissance de la croyance collective : si nous croyons qu’un objet sera à la mode, il le deviendra.
Finalement Erner rejoint Godelier, qui vient de publier Au fondement des sociétés humaines (Albin Michel) : les humains à la différence des autres espèces ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société. À travers nos actions, nous cherchons l’impossible équilibre entre distinction ET appartenance.

Serge Guérin (chronique publiée dans la revue Dirigeants)

mardi 13 mai 2008

Déficit de confiance, déficit d’avenir

Ce qui mine le plus la France, ce n’est pas sa culture du conservatisme ni son incapacité à se réformer dans le consensus. Non l’enjeu central c’est la confiance. Confiance à la baisse pour un modèle et un mode de vie qui a pourtant fait ses preuves et assuré –quoi que l’on dise- que la majorité des français et des étrangers résidents en France puisse vivre dans de bonne condition. Confiance en berne pour un avenir qui apparaît de plus en plus perturbé. Aron nous a répété que l’histoire était tragique mais nous rêvons collectivement de nous affranchir des secousses du monde. Or, cela apparaît chaque jour un peu moins possible car la mondialisation n’est pas seulement affaire de concurrences mais aussi d’affrontements idéologiques et violents.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple et vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.


Serge Guérin

samedi 19 avril 2008

Les boomers bohêmes

Les années 2000 voient apparaître une nouvelles catégorie sociologiques : les boomers bohêmes ou Boobos, sujet que nous avons abordé récemment sur la chaîne Vivolta. Ces derniers personnalisent une double évolution sociologique et démographique.
Sur le plan sociologiques, une large partie des plus de 50 ans ne se reconnaissent plus dans la figure traditionnelle du senior qui avec l'âge tant à se mettre à l'écart de la société. Les Boobos sont nés avec la société de consommation qui a produit aussi une société de l'image et de l'individualisme croissant. Les nouveaux seniors participent de la modernité et de la société contemporaine. Ils se comportent non pas en fonction de leur âge mais en vertu de leur style de vie et de leurs contraintes quotidiennes. Ainsi un sexagénaire actif ayant un enfant scolarisé à l'école primaire aura plus de points communs avec un trentenaire dans la même situation qu'avec un retraité n'ayant plus d'enfants sous son toit.
Sur le plan démographique, il faut souligner que ces nouveau seniors représentent 8 à 9 millions de personnes en France. 

Serge Guérin

vendredi 28 mars 2008

Retour sur la solidarité ?

Si l’égalité est un mirage, la fraternité est une morale. La réunion des deux se nomme-t-elle solidarité ? Patrick Savidan, dans Repenser l’égalité des chances (Grasset), propose une nouvelle politique de l’égalité des chances fondée sur des mesures fiscales et éducatives tout au long de la vie .
La solidarité n’est rien si elle reste une formule creuse pour fin de congrès. Elle repose sur le lien et la coopération mutuelle au bénéfice de tous. La solidarité nous renvois d’abord à la non-indifférence qui est la proximité même du prochain, dont parle Lévinas. Deux ouvrages ont récemment ré-interrogés cette notion moderne et nécessaire pour assurer le vivre ensemble dans une période de déstructuration des liens et des statuts. Marie-Claude Blais, dans La solidarité, Histoire d’une idée (Gallimard) revient sur le sens du terme Solidarité. Terme magnifique dont on oublie facilement qu’il nous impose des contreparties... La solidarité fonde la démocratie en créant des mécanismes qui viennent en soutien des plus faibles et qui assurent le vivre ensemble : retraite par répartition, sécurité sociale… Biais met en perspective avec beaucoup de clarté les enjeux de l’économie fondée sur la coopération dont Charles Gide apparaît commel’un des grands théoriciens. Le solidarisme se distingue du libéralisme en ce qu’il se refuse à confonde individualité et individualisme (p 196).
Pour comprendre les racines et les enjeux du solidarisme, l’ouvrage de Serge Audier sur Léon Bourgeois (Ed Michalon), est un passage essentiel. Audier décrypte d’une écriture allègre les combats de ce radical qui cherchait à bâtir la justice sociale sur autre chose qu’un Etat trop interventionniste. En refermant ce petit ouvrage, on se dit que Bourgeois faisait déjà pari du dialogue et de ma recherche du consensus. Une sorte de Danois qui s’ignore.

Serge Guérin

mardi 11 mars 2008

Retour sur les municipales et l'échec des "peoples"

Au-delà des résultats conjoncturels sur les municipales, il me semble que du point de vue de la relation du citoyen à la Cité, l'échec général des parachutés et autre people, puisse assez facilement s'expliquer :



1 Les municipales sont par essence les élections de la proximité et du lien d'usage. On vote d'abord pour celui qui prendra en charge le quotidien, y compris le ramassage des poubelles ou la bonne administration de la voirie. Comment croire que telle ou telle personnalité "vue à la télévision" puisse être crédible dans ce rôle ?

2 Dans le même registre, on notera que la crédibilité se construit en grande partie sur le partage symbolique d'un territoire commun. Autant un élu national peut vivre dans un autre cadre que le citoyen, autant l'élu municipal se doit de partager et de connaître les réalités de l'aire culturelle et géographique des votants. C'est ce qu'a compris un Juppé et ce qui explique en partie l'échec d'un Cavada.

3 Enfin, l'échec d'un grand nombre de personnalités s'explique par une sorte retour du refoulé de l'électeur qui fini par se sentir solidaire de l'élu terne de terrain par rapport au candidat brillant de l'image.

En ce sens, les municpales signent bien un phénomène national !

Serge Guérin

mercredi 5 mars 2008

La presse a de l'avenir

Le lancement de magazines comme XXI ou Autrement montre bien que le devenir de la presse ne s'inscrit pas seulement dans la logique de la gratuité.
Le succès de titres comme 20 Minutes ou Metro s'explique largement par la conjonction d'une tendance longue avec l'échec d'un modèle.
La tendance longue, c'est la culture de l'info gratuite : radio, TV et internet se sont inscrits dans cette approche qui conduit à faire payer en différé - par la pub- le prix de l'info.
L'échec d'un modèle c'est celui de quotidiens qui finissent par se trouver en décalage permanent avec la diversités des réalités vécues par les lecteurs potentiels.

Il me semble que la presse payante n'a que deux grandes perspectives devant-elle :

- Refaire du contenu à fort impact. C'est la démarche - réussie- de XXI mais aussi de nombreux magazines aux approches et ciblages très divers.

- Privilégier un journalisme de combat et d'opinion en rupture avec la volonté de ratisser large pour séduire les annonceurs, en évitant les prises de position trop clivantes. Marianne, Charlie-Hebdo ou Valeures Actuelles développent ce type d'approche.

Les médias affrontent une situation totalement nouvelle et destabilisante : ils ont perdu le monopole de la diffusion légitime de l'information.

Serge Guérin