Honneth a montré combien cette notion de reconnaissance était centrale dans la construction de l’identité de soi mais aussi d’un projet collectif (La société du mépris, La Découverte).
En fait individualisation rime avec besoin de reconnaissance et refus du mépris.
Dans cette optique, il est essentiel de renouveler le lien entre emploi et protection sociale. Pourquoi ne pas inventer un contrat de travail associé au salarié plutôt qu’à l’entreprise ? Il s’agirait d’assurer la permanence d’une protection sociale, de droits à se former et de revenu pour des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas nécessairement obtenir un emploi en continue. Cela concerne aussi bien les métiers artistiques que les seniors ou les nouveaux parents désireux d'organiser autrement leur temps social. Cette approche favoriserait aussi l’activité de salariés dans le monde associatif ou dans un bassin d’activité en étant employés par plusieurs petites entreprises. Ce système évitant aux employeurs comme aux salariés de multiplier les contraintes administratives et les freins liés à la méconnaissance des formes d’emploi non standardisés. A partir de la situation des intermittents du spectacle et des revendications pour conserver un système adapté à une situation singulière, les économistes Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato ont pour leur part développé, dans un ouvrage passionnant, solide et construit sur une enquête sociologique de fond, un modèle de régime d’indemnisation utilisable pour des actifs en emploi non stable (Intermittents et précaires, Amsterdam). Leur réflexion, à discuter car parfois un peu rigide, rejoint les travaux de Gorz et ouvre des pistes qui font écho à une autre approche de la société de l'individuation.
En fait, c’est la question d’un nouveau compromis social plus favorable au travail et qui prenne la mesure de la plasticité croissante des formes d’emplois et d’activité qui est posé.
Il faut inventer de nouvelles formes de salariat pour répondre aux défis de la société de l’individu. Une société qui n'est pas nécessairement seulement ouverte aux vents de l'égoïsme.
Serge Guérin
lundi 10 novembre 2008
La protection sociale au temps de l’individu
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lundi, novembre 10, 2008
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Libellés : prospective sociale, protection sociale, société, solidarité
vendredi 24 octobre 2008
Vers un capitalisme au féminin
Le travail des femmes fut le marqueur de la seconde moitié du XXème siècle. L’emploi féminin a transformé les usages sociaux, produisant une nouvelle répartition des temps domestiques et professionnels avec l’appel croissant à des professionnels rémunérés ou des structures de services pour la garde d’enfants ou différents travaux ménagers.
Surtout les femmes sont devenues des acteurs bien plus autonomes financièrement et culturellement pour décider de leur vie personnelle. Les études et l'activité professionnelle ont ouvert aussi un espace bien plus large de possibles, de libertés culturelles et de "choix" de partenaires potentiels. Les femmes font de plus en plus des enfants selon leur agenda propre où la problématique professionnelle entre largement en ligne de compte. Ainsi l'âge moyen du premier enfant est-il proche de 30 ans. En termes de prospective sociale, dans les années à venir, la consommation sera de plus en plus co-produite par les femmes pour elles ou pour leurs proches. Mais cette consommation ne va pas seulement concerner des biens et des services traditionnels. Elles vont orienter les formes des produits comme les façons de les vendres. Surtout la demande sociale concernera de plus en plus des produits et des services permettant le respect de l'environnement, le développement de sa propre autonomie et la prise en compte de l'autre, enfant comme parent vieillissant.
On peut prévoir que d'ici à 2025, les femmes feront des enfants de plus en plus tard ou n'hésiteront pas à adopter y compris après 40 ans, contraignant les entreprises comme l'Etat à s'adapter.
L'avenir du capitalisme devrait se conjuguer au féminin.
Serge Guérin
On peut aussi retrouver des contributions de prospective sociale sur le site France2025
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vendredi, octobre 24, 2008
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Libellés : France 2025, lien social, prospective sociale, société
mercredi 3 septembre 2008
La flexicurité, comme socle évolutif d’une société de la solidarité de proximité
Adopté en décembre 2007 par le Conseil Européen, la notion de flexicurité progresse rapidement dans le débat français. Elle est au centre de l’accord national interprofessionnel signé le 11 janvier 2008 par l’ensemble des partenaires sociaux à l’exception de la CGT.
La flexicurité repose sur quatre axes (contrat de travail, formation, politiques de l’emploi et protection sociale) destiné à favoriser l’adaptation des entreprises à un marché de plus en plus mouvant sans précariser à outrance les salariés. La flexicurité entend inventer un nouveau modèle où la souplesse croissante du contrat de travail serait contrebalancée par un engagement solide en faveur de l’accompagnement social et économique des salariés sur la durée. Cette nouvelle donne implique très clairement de changer de paradigme tant la question de la formation (fin du « totem » du diplôme et possibilité de se former en fonction de son bagage de départ et à partir d’un projet professionnel ou de vie) que sur celle de la relation à l’employeur (capitalisation des périodes et des formes d’activités qu’elles soient salariés ou non ouvrant droit à l’ensemble des prestations sociales).
Mais cette approche qui touche d’abord aux représentations du travail et de la relation hiérarchique, se développe dans une perspective de vieillissement de la population, d’allongement de l’espérance de vie des personnes atteintes de maladies chroniques et de mobilité sociale et professionnelle croissante. Aussi, l’enjeu de la flexicurité dépasse largement le cadre actuel. Elle concerne aussi bien la question du logement que celle du soutien aux aidants de proximité.
En effet l’un des éléments qui contribue à précariser l’employé tient à son accès de plus en plus difficile au logement, en termes de prix et de localisation. Par ailleurs, le différentiel de coût d’un logement participe des freins à la mobilité des salariés.
Sur un autre plan, il apparaît bien que l’entreprise et la collectivité peuvent difficilement faire comme si de nombreux salariés et autres actifs n’avaient pas de parents vieillissants à aider, d’enfants, de compagnon ou de compagne malade chronique à soutenir. Les styles de vie et les contraintes sociales de proximité jouent directement sur la disponibilité des personnes et sur leur engagement. La question de la conciliation vie privée et vie professionnelle est, et sera de plus en plus, un élément déterminant de la relation des individus à l’entreprise.
La flexicurité s’inscrit largement dans cette société de la solidarité de proximité qui devrait émerger dans les années qui viennent et qui va renouveler le contrat social initié dans les années 45.
Serge Guérin
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mercredi, septembre 03, 2008
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Libellés : Emploi des seniors, lien social, société
mardi 19 août 2008
Fin du pétrole et société de la frugalité douce
Selon les prospectives les plus récentes, les réserves de pétrole ne devraient assurer que 50 ans d’autonomie. Méfions-nous toujours des prophéties et notons que plus le prix du pétrole est élevé et plus les recherches et les applications de dérivés deviennent intéressantes, motivantes puisque rentables. Cela peut faire changer beaucoup de choses !
Reste que, il nous faudra apprendre à vivre autrement.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple est vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Nous entrons à reculons dans une société de la frugalité douce. Cela nécessite d’inventer un autre paradigme et d’autres valeurs. La nécessité d’aller vers une société de la frugalité qu’Hans Jonas avait déjà annoncé dès 1979 (Le Principe responsabilité, Flammarion), vient en contradiction fracassante avec les images et l’idéologie véhiculées par les médias et en particulier la télévision. La hausse du pétrole va nous contraindre à changer mais pour cela un immense travail de pédagogie et de médiatisation sera nécessaire pour faire évoluer nos représentations.
Serge Guérin
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mardi, août 19, 2008
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Libellés : société
dimanche 6 juillet 2008
La guerre des capitalismes aura (bien) lieu
L’ensemble des acteurs sociaux doivent apprendre à conjuguer le nouveau capitalisme. C’est le thème de l’excellent ouvrage dirigé par Jean-Hervé Lorenzi, La guerre des capitalismes aura lieu (Perrin). Pour les auteurs du Cercle des Economistes, la mondialisation n’a pas unifié le monde mais permis l’émergence de plusieurs formes de capitalismes dont les antagonismes sont cruciaux. En son temps Michel Albert avait montré l’opposition entre les capitalisme rhénan et anglosaxon, C’est le second qui après la chute du mur de Berlin semblait avoir gagné la partie.
Aujourd’hui, les auteurs mettent en avant un affrontement plus lourd entre différentes formes de capitalismes. Si le capitalisme anglosaxon est un vainqueur en trompe l’œil, comme l’explique Hubert Vedrine, il fait face à une forme rénovée et diablement puissante d’alliance entre un entreprenariat débridé soutenu par un Etat fort ,dirigiste et capable de contenir, si besoin par la force, les revendications sociale. La distinction fondatrice tient aux modes de régulations internes à ces capitalismes et aux rapports de force entre les acteurs de ces économies-monde, pour reprendre le terme de Braudel. La question du pouvoir financier, des modes de sa régulation et du poids nouveau des fonds souverains sont mises en perspective. Il y a des oppositions d’intérêt qui sont facteurs de désorganisations dangereuses pour les équilibres sociaux et pour la légitimité des Etats.
L’un des passages les plus passionnants de ce livre dense mais très accessible réside dans le chapitre sur « eau, pétrole, capital humain ». Pour les auteurs, le pouvoir est là. Surtout, l’affrontement autour des sources d’énergie renouvelle le rapport à la rareté. Il y a une « rareté cumulative » où la situation dépend de la politique collective menée par les Etats. A l’inverse, la « rareté concurrentielle » qui pousse individus ou Etats à s’organiser pour remédier à cette dépendance en s’assurant, d’une façon ou d’une autre, l’accès à ces réserves. La rareté e n’est pas seulement liée à des considérations physiques mais à des modes d’organisation de la société, à des choix en amont, ou encore au manque de politique de prévention.
Pour les auteurs, il est impératif de bâtir de nouvelles institutions de régulation à la fois représentatives et en position d’imposer des règles communes minimales (p 12). Le chapitre VIII est, de ce point de vue, très éclairant.
La mondialisation ne nous offre pas un monde pacifié et tourné vers le progrès et le respect de l’humain. Elle ouvre plutôt une période de grande incertitude dont le modèle européen risque d’être la victime.
Serge Guérin
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dimanche, juillet 06, 2008
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samedi 21 juin 2008
La société de la tendance
D’où viennent nos opinions, et nos choix ? Ceux qui développement une vision policière de l’histoire et imaginent que nous sommes instrumentalisés par des puissances sournoises et secrètes s’opposent à ceux qui veulent croire à l’indépendance totale de l’individu mu par la seule boussole de la recherche d’une maximisation totale de l’intérêt personnel.
Dans une remarquable synthèse, Sociologie des tendances (Que sais-je ?PUF), Guillaume Erner interroge la naissance et le développement des modes et des tendances qui se succèdent à un rythme toujours plus rapide. Erner déconstruit les discours trop mécanistes plaçant publicité (Barthes) ou processus de domination (Bourdieu) comme ordonnateur des tendances et des modes. Erner montre combien les tendances ont pris le pas sur les normes : la société s’atomise et les tendances s’individualisent. Le succès des modes vient d’une conjonction d’influences : besoin de nouveautés (Campbell), effets mimétiques (Veblen), charisme des acteurs (Weber), puissance de la symbolique (Baudrillard)... Cette diversité de causes explique que pour Erner, les tendances restent pour une part non-prédictibles.
L’interrogation sur les tendances pose aussi la question de l’opinion. Pour Julliard (La Reine du monde, Flammarion), c’est elle qui aujourd’hui gouverne. Si Tocqueville s’inquiétait de ce totalitarisme consensuel, Julliard y voit la manifestation d’une nouvelle étape de la démocratie. Merton prenait en compte la puissance de la croyance collective : si nous croyons qu’un objet sera à la mode, il le deviendra.
Finalement Erner rejoint Godelier, qui vient de publier Au fondement des sociétés humaines (Albin Michel) : les humains à la différence des autres espèces ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société. À travers nos actions, nous cherchons l’impossible équilibre entre distinction ET appartenance.
Serge Guérin (chronique publiée dans la revue Dirigeants)
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samedi, juin 21, 2008
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mardi 13 mai 2008
Déficit de confiance, déficit d’avenir
Ce qui mine le plus la France, ce n’est pas sa culture du conservatisme ni son incapacité à se réformer dans le consensus. Non l’enjeu central c’est la confiance. Confiance à la baisse pour un modèle et un mode de vie qui a pourtant fait ses preuves et assuré –quoi que l’on dise- que la majorité des français et des étrangers résidents en France puisse vivre dans de bonne condition. Confiance en berne pour un avenir qui apparaît de plus en plus perturbé. Aron nous a répété que l’histoire était tragique mais nous rêvons collectivement de nous affranchir des secousses du monde. Or, cela apparaît chaque jour un peu moins possible car la mondialisation n’est pas seulement affaire de concurrences mais aussi d’affrontements idéologiques et violents.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple et vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Serge Guérin
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mardi, mai 13, 2008
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Libellés : lien social, société