Selon les prospectives les plus récentes, les réserves de pétrole ne devraient assurer que 50 ans d’autonomie. Méfions-nous toujours des prophéties et notons que plus le prix du pétrole est élevé et plus les recherches et les applications de dérivés deviennent intéressantes, motivantes puisque rentables. Cela peut faire changer beaucoup de choses !
Reste que, il nous faudra apprendre à vivre autrement.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple est vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Nous entrons à reculons dans une société de la frugalité douce. Cela nécessite d’inventer un autre paradigme et d’autres valeurs. La nécessité d’aller vers une société de la frugalité qu’Hans Jonas avait déjà annoncé dès 1979 (Le Principe responsabilité, Flammarion), vient en contradiction fracassante avec les images et l’idéologie véhiculées par les médias et en particulier la télévision. La hausse du pétrole va nous contraindre à changer mais pour cela un immense travail de pédagogie et de médiatisation sera nécessaire pour faire évoluer nos représentations.
Serge Guérin
mardi 19 août 2008
Fin du pétrole et société de la frugalité douce
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mardi, août 19, 2008
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Libellés : société
dimanche 6 juillet 2008
La guerre des capitalismes aura (bien) lieu
L’ensemble des acteurs sociaux doivent apprendre à conjuguer le nouveau capitalisme. C’est le thème de l’excellent ouvrage dirigé par Jean-Hervé Lorenzi, La guerre des capitalismes aura lieu (Perrin). Pour les auteurs du Cercle des Economistes, la mondialisation n’a pas unifié le monde mais permis l’émergence de plusieurs formes de capitalismes dont les antagonismes sont cruciaux. En son temps Michel Albert avait montré l’opposition entre les capitalisme rhénan et anglosaxon, C’est le second qui après la chute du mur de Berlin semblait avoir gagné la partie.
Aujourd’hui, les auteurs mettent en avant un affrontement plus lourd entre différentes formes de capitalismes. Si le capitalisme anglosaxon est un vainqueur en trompe l’œil, comme l’explique Hubert Vedrine, il fait face à une forme rénovée et diablement puissante d’alliance entre un entreprenariat débridé soutenu par un Etat fort ,dirigiste et capable de contenir, si besoin par la force, les revendications sociale. La distinction fondatrice tient aux modes de régulations internes à ces capitalismes et aux rapports de force entre les acteurs de ces économies-monde, pour reprendre le terme de Braudel. La question du pouvoir financier, des modes de sa régulation et du poids nouveau des fonds souverains sont mises en perspective. Il y a des oppositions d’intérêt qui sont facteurs de désorganisations dangereuses pour les équilibres sociaux et pour la légitimité des Etats.
L’un des passages les plus passionnants de ce livre dense mais très accessible réside dans le chapitre sur « eau, pétrole, capital humain ». Pour les auteurs, le pouvoir est là. Surtout, l’affrontement autour des sources d’énergie renouvelle le rapport à la rareté. Il y a une « rareté cumulative » où la situation dépend de la politique collective menée par les Etats. A l’inverse, la « rareté concurrentielle » qui pousse individus ou Etats à s’organiser pour remédier à cette dépendance en s’assurant, d’une façon ou d’une autre, l’accès à ces réserves. La rareté e n’est pas seulement liée à des considérations physiques mais à des modes d’organisation de la société, à des choix en amont, ou encore au manque de politique de prévention.
Pour les auteurs, il est impératif de bâtir de nouvelles institutions de régulation à la fois représentatives et en position d’imposer des règles communes minimales (p 12). Le chapitre VIII est, de ce point de vue, très éclairant.
La mondialisation ne nous offre pas un monde pacifié et tourné vers le progrès et le respect de l’humain. Elle ouvre plutôt une période de grande incertitude dont le modèle européen risque d’être la victime.
Serge Guérin
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dimanche, juillet 06, 2008
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samedi 21 juin 2008
La société de la tendance
D’où viennent nos opinions, et nos choix ? Ceux qui développement une vision policière de l’histoire et imaginent que nous sommes instrumentalisés par des puissances sournoises et secrètes s’opposent à ceux qui veulent croire à l’indépendance totale de l’individu mu par la seule boussole de la recherche d’une maximisation totale de l’intérêt personnel.
Dans une remarquable synthèse, Sociologie des tendances (Que sais-je ?PUF), Guillaume Erner interroge la naissance et le développement des modes et des tendances qui se succèdent à un rythme toujours plus rapide. Erner déconstruit les discours trop mécanistes plaçant publicité (Barthes) ou processus de domination (Bourdieu) comme ordonnateur des tendances et des modes. Erner montre combien les tendances ont pris le pas sur les normes : la société s’atomise et les tendances s’individualisent. Le succès des modes vient d’une conjonction d’influences : besoin de nouveautés (Campbell), effets mimétiques (Veblen), charisme des acteurs (Weber), puissance de la symbolique (Baudrillard)... Cette diversité de causes explique que pour Erner, les tendances restent pour une part non-prédictibles.
L’interrogation sur les tendances pose aussi la question de l’opinion. Pour Julliard (La Reine du monde, Flammarion), c’est elle qui aujourd’hui gouverne. Si Tocqueville s’inquiétait de ce totalitarisme consensuel, Julliard y voit la manifestation d’une nouvelle étape de la démocratie. Merton prenait en compte la puissance de la croyance collective : si nous croyons qu’un objet sera à la mode, il le deviendra.
Finalement Erner rejoint Godelier, qui vient de publier Au fondement des sociétés humaines (Albin Michel) : les humains à la différence des autres espèces ne se contentent pas de vivre en société, ils produisent de la société. À travers nos actions, nous cherchons l’impossible équilibre entre distinction ET appartenance.
Serge Guérin (chronique publiée dans la revue Dirigeants)
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samedi, juin 21, 2008
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mardi 13 mai 2008
Déficit de confiance, déficit d’avenir
Ce qui mine le plus la France, ce n’est pas sa culture du conservatisme ni son incapacité à se réformer dans le consensus. Non l’enjeu central c’est la confiance. Confiance à la baisse pour un modèle et un mode de vie qui a pourtant fait ses preuves et assuré –quoi que l’on dise- que la majorité des français et des étrangers résidents en France puisse vivre dans de bonne condition. Confiance en berne pour un avenir qui apparaît de plus en plus perturbé. Aron nous a répété que l’histoire était tragique mais nous rêvons collectivement de nous affranchir des secousses du monde. Or, cela apparaît chaque jour un peu moins possible car la mondialisation n’est pas seulement affaire de concurrences mais aussi d’affrontements idéologiques et violents.
Dans un pays moderne, où l’information s’est largement démocratisée, la confiance entre décideurs et citoyens est essentielle au maintien du pacte social. Des efforts peuvent être demandés si chacun à l’impression d’une relative équité. Rawls l’a bien démontré en son temps. Tocqueville le premier a mis en exergue la volonté de chacun d’être aussi égal que l’autre. Or, aujourd’hui chacun croit connaître les privilèges – ou considérés comme tel- des autres et chacun pense que c’est à l’autre de faire des efforts.
Tout cela est assez normal… Sauf que ceux qui ont la charge de demander der efforts, que cela soit dans le champ du politique comme dans celui de l’économique, sont aussi sous la lumière. Le fait que l’individu lambda puisse connaître, ou croire connaître, leurs revenus, stock option et autres arrangements vient entamer la confiance et rendre inaudible un discours sur l’effort et la patience.
Dans une démocratie d’opinion, l’exemple et vertu. JF Lyotard, (La condition post-moderne, Minuit) avait montré la perte de légitimité des grands récits, pour autant le récit individuel devient témoignage et preuve d’engagement dans l’action. Il contribue à sa légitimité.
Serge Guérin
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mardi, mai 13, 2008
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Libellés : lien social, société
samedi 19 avril 2008
Les boomers bohêmes
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Libellés : lien social, médias, société
vendredi 28 mars 2008
Retour sur la solidarité ?
Si l’égalité est un mirage, la fraternité est une morale. La réunion des deux se nomme-t-elle solidarité ? Patrick Savidan, dans Repenser l’égalité des chances (Grasset), propose une nouvelle politique de l’égalité des chances fondée sur des mesures fiscales et éducatives tout au long de la vie .
La solidarité n’est rien si elle reste une formule creuse pour fin de congrès. Elle repose sur le lien et la coopération mutuelle au bénéfice de tous. La solidarité nous renvois d’abord à la non-indifférence qui est la proximité même du prochain, dont parle Lévinas. Deux ouvrages ont récemment ré-interrogés cette notion moderne et nécessaire pour assurer le vivre ensemble dans une période de déstructuration des liens et des statuts. Marie-Claude Blais, dans La solidarité, Histoire d’une idée (Gallimard) revient sur le sens du terme Solidarité. Terme magnifique dont on oublie facilement qu’il nous impose des contreparties... La solidarité fonde la démocratie en créant des mécanismes qui viennent en soutien des plus faibles et qui assurent le vivre ensemble : retraite par répartition, sécurité sociale… Biais met en perspective avec beaucoup de clarté les enjeux de l’économie fondée sur la coopération dont Charles Gide apparaît commel’un des grands théoriciens. Le solidarisme se distingue du libéralisme en ce qu’il se refuse à confonde individualité et individualisme (p 196).
Pour comprendre les racines et les enjeux du solidarisme, l’ouvrage de Serge Audier sur Léon Bourgeois (Ed Michalon), est un passage essentiel. Audier décrypte d’une écriture allègre les combats de ce radical qui cherchait à bâtir la justice sociale sur autre chose qu’un Etat trop interventionniste. En refermant ce petit ouvrage, on se dit que Bourgeois faisait déjà pari du dialogue et de ma recherche du consensus. Une sorte de Danois qui s’ignore.
Serge Guérin
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vendredi, mars 28, 2008
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Libellés : lien social, société
mardi 11 mars 2008
Retour sur les municipales et l'échec des "peoples"
Au-delà des résultats conjoncturels sur les municipales, il me semble que du point de vue de la relation du citoyen à la Cité, l'échec général des parachutés et autre people, puisse assez facilement s'expliquer :
1 Les municipales sont par essence les élections de la proximité et du lien d'usage. On vote d'abord pour celui qui prendra en charge le quotidien, y compris le ramassage des poubelles ou la bonne administration de la voirie. Comment croire que telle ou telle personnalité "vue à la télévision" puisse être crédible dans ce rôle ?
2 Dans le même registre, on notera que la crédibilité se construit en grande partie sur le partage symbolique d'un territoire commun. Autant un élu national peut vivre dans un autre cadre que le citoyen, autant l'élu municipal se doit de partager et de connaître les réalités de l'aire culturelle et géographique des votants. C'est ce qu'a compris un Juppé et ce qui explique en partie l'échec d'un Cavada.
3 Enfin, l'échec d'un grand nombre de personnalités s'explique par une sorte retour du refoulé de l'électeur qui fini par se sentir solidaire de l'élu terne de terrain par rapport au candidat brillant de l'image.
En ce sens, les municpales signent bien un phénomène national !
Serge Guérin
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mardi, mars 11, 2008
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Libellés : lien social, société